LE HAUT PLATEAU ARMÉNIEN n’a jamais été appelé « l’Anatolie orientale » avant …

Le gouvernement du sultan Abdul Hamid II a substitué le nom d’Arménie avec des termes tels que le Kurdistan ou l’Anatolie, de manière fallacieuse.

À partir de 1880 le nom Armenia a été interdit d’être utilisé dans les documents officiels. La Sublime Porte voulait ainsi faire croire à tous que la question arménienne n’existait pas: s’il n’y avait pas d’Arménie, il n’y avait pas de question arménienne.

Le processus de «nationalisation» des toponymes fut poursuivi par les kémalistes, successeurs idéologiques des Jeunes-Turcs. Il a pris de l’ampleur pendant la période républicaine. À partir de 1923, tout le territoire de l’Arménie occidentale a été officiellement rebaptisé «Anatolie orientale».

Ce qui suit met en évidence un tel exemple. Dans son « Jihan Numa » Kyatib Celebi, un célèbre chroniqueur ottoman du 17ème siècle, avait un chapitre spécial, intitulé « About the Country called Armenia ». Quand, cependant, ce livre a été réédité en 1957, son éditeur turc moderne H. Selen a changé ce titre en « Anatolie orientale ».

Le fait est cependant que l’Arménie et ses frontières ont été mentionnées sans équivoque dans les ouvrages des historiens et des chroniqueurs ottomans. Un extrait de ce chapitre de Jihan Numa Kyatib Celebi illustre clairement les falsifications des historiens turcs modernes.

Au XVIIe siècle, alors que la question arménienne n’était pas encore inscrite à l’ordre du jour de la diplomatie internationale, les termes Anatolie ou Anatolie orientale n’étaient jamais utilisés pour désigner l’Arménie. En outre, la «carte du monde islamique» du 16ème siècle et d’autres cartes ottomanes des 18ème et 19ème siècles ont clairement indiqué l’Arménie (Ermenistan) sur un territoire spécifique aussi bien que ses villes.

L’Arménie et l’Anatolie sont clairement différenciées dans la carte publiée à Istanbul en 1803-1804 (voir carte 2). Les auteurs ottomans utilisaient le terme Arménie jusqu’à la fin du 19ème siècle. Un exemple est Osman Nuri, historien de la seconde moitié du 19ème siècle, qui mentionne l’Arménie à plusieurs reprises dans ses trois volumes « Abdul Hamid et la période de son règne ».

Il est plus qu’évident que les historiens et les chroniqueurs ottomans, contrairement aux turcs modernes, connaissaient très bien l’emplacement de l’Arménie et ne la «confondaient» pas avec l’Anatolie.

Le mot Anatolie signifie « lever de soleil » ou « est » en grec. Ce nom a été donné à la péninsule de l’Asie Mineure vers le 5ème ou 4ème siècle av.JC. Pendant l’ère ottomane, le terme Anadolou comprenait les vilayets du nord-est de l’Asie Mineure avec Kyotahia comme centre. Les nombreuses sources primaires européennes, ottomanes, arméniennes, russes, persanes, arabes et autres n’ont pas confondu le terme Arménie avec Anatolie. Cela témoigne, entre autres, du fait que, même après la perte de son statut d’Etat, la nation arménienne constituait encore une majorité dans sa patrie, ce qui était également reconnu par les occupants ottomans.

Par conséquent, il est très triste de voir aujourd’hui certains historiens arméniens de la diaspora et même des diplomates et des analystes en Arménie, qui ont commencé à remplacer le terme «Arménie occidentale» par celui de l’«Anatolie orientale».

Ces gens ont volontairement et docilement entrepris la tâche de promulguer le décret d’Abdul Hamid de 1880. Incroyablement, certains historiens de la diaspora utilisent même le terme «Anatolie» pour désigner l’ensemble des hauts plateaux arméniens.

Même si ce terme d’Anatolie orientale a été mis en circulation dans les cercles scientifiques occidentaux sous l’influence du lobbying et des falsifications systématiques turcs et parfois aussi par manque de connaissances, il est inacceptable pour nous, car la substitution de l’Arménie Occidentale avec le terme «Anatolie orientale» signifierait une renonciation volontaire à notre patrie, rejet de notre patrimoine historique et culturel vieux de plusieurs siècles, déni du génocide du peuple arménien (non pas du génocide arménien), enterrement dans l’oubli de ses conséquences et, dernier pas moins, en soutenant la position négationniste turque envers les droits de la nation arménienne à l’Arménie Occidentale.

 

Lusine Sahakyan, PH.D., Université d’État d’Erevan

Traduction en français par Arménag Aprahamian, Président du Conseil National d’Arménie Occidentale

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