Le peuple arménien a des droits souverains sur ses ressources génétiques

C’est-à-dire sur sa terre sans laquelle ce peuple sera condamné à mourir.

Le Professeur Lévon Yepiskoposian Directeur du laboratoire au sein de l’Institut de biologie moléculaire de l’Académie des Sciences d’Arménie et Mme Lydia Margossian, Membre du Conseil National d’Arménie Occidentale et Représentante de l’Arménie Occidentale au Mécanisme d’Experts des Peuples Autochtones à l’ONU et de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle

La survie du peuple arménien en tant que peuple autochtone est conditionnée par la protection de ses biens culturels et intellectuels ainsi que de ses ressources génétiques autrement dit sa terre.

L’UGAB Lyon a accueilli le 23 juin 2018 une conférence donnée par le Professeur Levon Yepiskoposian, Directeur du laboratoire à l’Institut de biologie moléculaire de l’Académie des Sciences de la République d’Arménie sur l’état des recherches génétiques sur le plateau arménien.
Les conclusions de ces recherches aboutissent à l’évidence du caractère autochtone de la nation arménienne refutant la thèse d’Hérodote d’une immigration balkanique. En effet, peu de changements ont été constatés ce qui révèle une continuité génétique sur une période de 8000 ans. Cf graphique ci-dessous.
En quoi ces conclusions sont d’une importance considérable ?
Il nous faut pour cela rappeler la définition de l’autochtonie telle que formulée par les organisations internationales.
Autochtone signifie « appartenant à » ou « propre à un lieu particulier ».
L’expression est utilisée pour désigner un peuple qui est issu du sol même où il habite, qui n’est pas censé être venu par immigration ou n’être que de passage.

La question de l’autochtonie soulève évidemment pour nombre de peuples autochtones dont le peuple autochtone arménien la question de la colonisation, de l’occupation territoriale ainsi que les questions d’anéantissement ou d’appropriation illicite de leurs ressources génétiques, de leurs savoirs traditionnels et de leurs expressions culturelles.

Autochtones ou immigrants depuis les balkans ?

Or, il s’avère que les peuples autochtones ont des droits reconnus par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones votées en 2007 par l’ensemble des Etats membres de l’ONU.
Les articles de cette Déclaration viennent en effet appuyer les droits des peuples autochtones obtenus de haute lutte par les représentants des peuples autochtones dont les représentants de l’Arménie Occidentale.
Parmi les 46 articles de la Déclaration, 6 articles ont une résonnance toute particulière pour le peuple arménien d’Arménie Occidentale :
Article 3 : Les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »
Article 7 : Les peuples autochtones ont le droit, à titre collectif, de vivre dans la liberté, la paix et la sécurité en tant que peuples distincts et ne font l’objet d’aucun acte de génocide ou autre acte de violence, y compris le transfert forcé d’enfants autochtones d’un groupe à un autre.
Article 8 : Les autochtones, peuples et individus, ont le droit de ne pas subir d’assimilation forcée ou de destruction de leur culture.
Article 10 : Les peuples autochtones ne peuvent être enlevés de force à leurs terres ou territoires.
Article 26 : Les peuples autochtones ont le droit aux terres, territoires et ressources qu’ils possèdent et occupent traditionnellement ou qu’ils ont utilisés ou acquis.
Article 28 : Les peuples autochtones ont droit à réparation, par le biais, notamment, de la restitution ou, lorsque cela n’est pas possible, d’une indemnisation juste, correcte et équitable pour les terres, territoires et ressources qu’ils possédaient traditionnellement ou occupaient ou utilisaient et qui ont été confisqués, pris, occupés, exploités ou dégradés sans leur consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause.
C’est donc dans cette optique d’affirmation et de rétablissement des droits que s’inscrit la participation de l’Assemblée des Arméniens d’Arménie Occidentale au Mécanisme d’Expert des Peuples Autochtones qui a été créé en 2007 conformément à la résolution 6/36 par le Conseil des Droits de l’Homme qui est le principal organe des droits de l’homme de l’ONU.
L’Assemblée des Arméniens d’Arménie Occidentale a également été enregistrée par le Conseil National d’Arménie Occidentale (CNAO) auprès de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) dans le cadre de son Comité Intergouvernemental (IGC) qui traite des questions de propriétés intellectuelles.
Par propriété intellectuelle, on comprend généralement les questions liées à la protection des inventions c’est-à-dire les brevets, les droits d’auteur et les marques.
Mais par propriété intellectuelle, il s’agit aussi de reconnaître et de protéger les savoirs traditionnels, les expressions culturelles traditionnelles et le folklore des peuples autochtones.

La problématique de la protection des savoirs traditionnels ne peut cependant être comprise et considérée sans prendre en compte les facteurs qui provoquent la perte progressive des cultures et des savoirs comme le déracinement c’est à dire la situation où le peuple est coupé de sa terre.

Il a été en effet constaté au travers plusieurs missions d’enquête menées sur les 5 continents qu’à mesure qu’elles étaient contraintes de quitter leurs terres ancestrales, les communautés perdaient les modes d’acquisition de leurs savoirs. Le peuple arménien d’Arménie Occidentale qui se trouve pour une grande partie en exil suite aux programmes de génocide et à l’occupation illégale de sa terre par les forces armées turques depuis 1920 subit cette perte des savoirs. De plus, le génocide du peuple arménien a entraîné la disparition d’un système entier de savoirs, de traditions, de connaissances et de folklore.

La question de l’accès et des droits à la terre est donc d’une importance capitale pour les peuples autochtones car il y a un lien étroit qui unit les savoirs traditionnels à la terre c’est à dire aux ressources qu’elles recèlent.
Il est alors aisé de comprendre que la survie du peuple arménien en tant que peuple autochtone est conditionnée par la protection de ses biens culturels et intellectuels ainsi que de ses ressources génétiques autrement dit sa terre.

C’est tout le sens des interventions que fait l’Assemblée des Arméniens d’Arménie Occidentale au sein de ces structures.

Le peuple arménien a des droits souverains sur ses ressources génétiques c’est-à-dire sur sa terre.
Les droits de propriété sont du domaine de la survie et de la sauvegarde des cultures c’est-à-dire une question de vie ou de mort.

Lydia Margossian- CNAO
29 juin 2018

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