L’Arménie Occidentale, Etat belligérant de la Grande Guerre – 1

WESTERN ARMENIA – Quand on pense aux Arméniens pendant la Grande Guerre, on fait immédiatement référence au génocide, mais on a tendance à oublier l’important rôle militaire qu’ils jouèrent.

 

Le peuple arménien, principalement situé dans les régions orientales de l’Empires ottoman (Arménie Occidentale), sous l’égide du Président Boghos Nubar pacha nommé à la tête de la Délégation Nationale Arménienne par sa Sainteté le Catholicos Kévork V en 1912, y participa en tant que noyau d’une armée d’un état en cours de constitution.

Défendant les positions de l’Entente, il se comporta loyalement vis-à-vis des pouvoirs en place. Il combattit aussi bien sur le front occidental qu’oriental, y compris dans les rangs de l’armée russe, à laquelle il fournit un contingent de 150.000 hommes, nonobstant les volontaires de l’Armée Impériale Russe sous le commandement du général Antranig Ozanian. La participation arménienne ne se limita pas à cette seule contribution.

 

Si on connaît relativement bien ces événements, on ignore trop souvent la part prise par les Arméniens des communautés installées dans le reste du monde, au sein d’une unité particulière, la Légion d’Orient. Cette dernière répondait aux besoins conjoncturels de la France d’affirmer sa présence au Levant, et notamment en Cilicie. Elle s’est concrétisée grâce à la Légion d’Orient, qui est méconnue. Mais la création de ce corps correspondait aussi à la volonté des dirigeants arméniens de participer à la libération nationale et d’affirmer ainsi la présence arménienne aux côtés de l’Entente pour faire entendre sa voix à la fin de la guerre.

Au cours de la Première Guerre mondiale, l’enrôlement d’étrangers de la même origine dans des unités distinctes d’armées nationales était une pratique courante depuis quelques décennies. L’enrôlement des étrangers venus se placer volontairement sous les drapeaux des belligérants se généralisa toutefois pendant la Grande Guerre en raison de sa durée et de sa dimension mondiale. Dans le cas de la France, le nombre des volontaires étrangers incorporés dans la Légion étrangère se montait, au 1er avril 1915, à 32.000. Bien que placées sous l’autorité du haut commandement français, plusieurs de ces unités, telles que les armées polonaise et tchécoslovaque, combattirent sous leurs propres drapeaux, tandis que d’autres servirent sous le drapeau français, comme les bataillons de volontaires russes et la Légion transylvaine. Le dernier cas de figure concerne les ressortissants de pays encore neutres qui entrèrent aux côtés de la France dans la Légion garibaldienne et l’escadrille Lafayette, respectivement composées de volontaires italiens et américains.

Si les circonstances de la création et de l’existence des unités précitées nous sont relativement bien connues, celles concernant la Légion d’Orient reste à éclairer. L’historiographie française est pour le moins sommaire quant aux destinées de cette unité.

Nous pouvons constater trois périodes.

La première période, qui s’étale de septembre 1915 à novembre 1916, est cruciale. Elle correspond aux étapes constitutives de la Légion d’Orient.

La deuxième étape va de novembre 1916 à octobre 1918. Elle est consacrée à l’organisation de la Légion d’Orient. C’est au cours de cette phase qu’Arméniens et Français unirent leurs efforts pour contribuer à la création de la Légion d’Orient. La formation de cette unité devant constituer le noyau de la future armée nationale arménienne, s’inscrivant dans la perspective de la renaissance d’un état arménien en Arménie Occidentale. Il n’était pas possible d’espérer une meilleure issue.

En effet, elle s’apprêtait à combattre sur le sol même où le dernier état arménien était tombé en 1375.

La troisième phase s’étendant d’octobre 1918 à septembre 1920. Dès l’armistice de Moudros, après la signature du Traité de Batoum entre le gouvernement arménien du Caucase et la Turquie kémaliste, la collaboration franco-arménienne laissa rapidement place à une méfiance, voire à une défiance mutuelle. A travers cette troisième période de l’histoire de la Légion d’Orient, se jouait l’avenir du règlement de la question arménienne et des relations franco-arméniennes.

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