Qui sont les Kizilbaches ?

Recueil de documents sur les Alévis (12)

Documents de l’Armée Française en Cilicie 1919-1922

ARMENIE OCCIDENTALE – L’Armée Française établit à l’époque un certains nombres de rapports où elle différencie les Nusayris (Ansarieh, Alaouites de langue arabe de Syrie), et les Kizilbaches Kurdes de Albistan (Elbistan) et Bazardjik (Pazarcik).

« Les Kizilbach (têtes rouges, terme péjoratif), répandus de l’Euphrate à la mer Noire, cultivateurs doux, timides, méprisés et brutalisés par les Turcs; ils se réclament également des croyances alévis, refuge des opprimés et de ceux qui ne veulent pas abdiquer et disparaître. On a cru remarquer, que les lieux de leur culte secret coïncident souvent avec les anciens temples des Hittites et on a conclu qu’ils en étaient les descendants: la question est ouverte. » (La Revue d’Infanterie, n°352, Paris 1922).

« Les Kizilbach (mot péjoratif : têtes rouges), qu’on trouve répandus d’Adana à Trébizonde, qu’on évalue à 500.000 personnes, et qui tiennent leur religion secrète tout en se disant Alévis. Ils semblent être les descendants d’une des anciennes races autochtones (peut-être les Hittites ou Hétéens). Ils sont doux, de mœurs agricoles, et sont très brutalement traites et méprisés par les Turcs; En Cilicie, ils se sont montrés francophiles. Ce sont des agriculteurs, doux et timides, que les Turcs traitent très durement. Ils ont un centre religieux dans la région Albistan-Bazardjik et dans celle de Sivas, suivant les époques. (Conseils Pratiques pour les Cadres de l’Armée appelés à servir au Levant ou en Afrique, Colonel Brémond, Paris 1922).

« Kizilbache. — Appellation sous laquelle les Turcs désignent les adeptes d’une secte religieuse qui n’est ni franchement chrétienne ni, encore moins, ouvertement mahométane. L’épithète de Kizilbache, qui en turc signifie « tête rouge », a été décernée à ce groupement à cause du turban rouge que les membres de cette communauté portaient jadis pour se reconnaître entre eux. — Les Kizilbachs se donnent à eux-mêmes le nom de Alévis ou Alaoui qui correspond aux vocables Arévi, Arévik, Arévortik que l’on rencontre souvent chez les auteurs arméniens du Moyen-âge; vocables par lesquels ils désignent une secte religieuse arménienne assez semblable aux Paulétiens et aux Tandrokiens, allant jusqu’au Manichéisme, qui fut persécutée et reléguée dans la province de Sivas, d’où elle se répandit à l’ouest de l’Arménie. Or, aujourd’hui près de cinq cent mille Kizilbache sont éparpillés de Sivas à Adana en passant par Arabkir, Malatia, Kharpoute et Marache. — Ils n’ont ni églises ni mosquées ; ils ne font aucune prière ; ne se rase aucune partie du corps (comme le font les Musulmans) ; ils admettent la confession et déchargent leur conscience au pied du baba (père, sorte de prêtre) ; leurs femmes ne se voilent point, elles se montrent aux chrétiens mais elles fuient les musulmans; le soir, hommes et femmes se réunissent pour faire des lectures pieuses et commenter des livres saints, qui leur sont propres et qu’ils cachent surtout aux musulmans; beaucoup de leurs usages sont chrétiens : ils sont monogames, admettent la confession, font le signe de la croix sur le pain avant de le rompre, mais ils croient aussi, semble-t-il, à la métempsychose. Les Kizilbaches sont des Arménoïdes. (La Question de Cilicie, notes de David Beg, Paris 1921).

«Une de ces confréries compte de nombreux adhérents en Cilicie : celle appelée par les Turcs: secte des Kizilbach ou Têtes Rouges, d’après le turban coloré que les adeptes portaient à l’origine. (…) Jusqu’à ces derniers temps, ces schismatiques ont conservé secrète leur organisation par crainte des Turcs. Ils se donnent eux-mêmes le nom d’Alévis, Alaouis (Alides). (…) Ils sont un objet de mépris pour les Turcs. Les Kizilbach n’ont pas de mosquées, sauf celles que les Ottomans les forcèrent à bâtir. Ils n’ont pas non plus de Muftis, ni d’Imams. Les Kizilbach ne font pas les cinq prières, mais se réunissent le soir, hommes et femmes. Lecture est donnée des Livres sacrés et parfois un commentaire est fourni par quelque auditeur. Ces Livres sont conservés en cachette des Turcs et ne sont que très rarement montrés. (…) On a prétendu que les Alévis avaient été Chrétiens. Il est difficile de contrôler ces dires. Cette allégation est basée sur certains de leurs usages qui se rapprochent extérieurement des usages chrétiens: ainsi avant d’entamer un pain, ils font sur la croûte un signe qui ressemble à une croix. Un Kizilbach interrogé répondit que ce signe désignait «les Quatre Portes de la vie et de la religion: Marifet (habileté) ou Fazilet (Vertu), Hakikat (Vérité), Chériat (Jugement), Tarikat (chemin ou moyen de parvenir à un but)». Un autre Alévi donnait l’explication suivante: «Dieu n’est ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche, il est partout». (Pierre Redan, La Cilicie et le problème ottoman, Paris, 1921).

« Le sandjak de Marache, qui était orienté sur Osmanié, et avait fait autrefois partie du vilayet d’Adana, avait été placé sous le contrôle du capitaine André, gouverneur du Djebel-Bereket. Cet officier, parfaitement au courant du pays, avait par sa politique musulmane rallié autour de lui les Tcherkesses et les Kurdes Alévis. Le 4 novembre 1919, au concours agricole d’Osmanié, les chefs Kurdes Alévis avaient fait auprès du colonel Brémond une démarche décisive, et une réunion tenue par eux à Bazardjik, au début de novembre 1919, avait décidé d’appuyer l’action française, qui leur apportait la liberté religieuse et maintenait les privilèges féodaux de leurs chefs. Les non-touraniens en Cilicie (Arabes ansarieh, Kurdes alévis, Tcherkesses) ont toujours été traités par les Turcs en races inférieures; les Alides ont été méprisés ou persécutés; Il y a en Cilicie 100,000 Arabes ansarieh, 30,000 Kurdes et Kizilbach, 10,000 à 15,000 Tcherkesses ou Circassiens.

Et il est à noter que si ces Arabes descendent probablement des anciennes populations des bords de la Méditerranée (peut-être du genre berbère ?) les Kurdes et les Tcherkesses sont de race indo-européenne, le savent et s’en vantent. Mis dans des conditions normales de développement, ces populations peuvent devenir des peuples européens; il y faudra naturellement plusieurs générations d’efforts. » (Colonel Brémond, 1er Mars 1921, La Cilicie en 1919-1920).

 

Merci à Monsieur Erwan Kerivel

 

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