Sur le Mémorandum de Damad Ferid Pacha par Armenag APRAHAMIAN:

ARMÉNIE OCCIDENTALELe 25 juin 1920, Damat Ferit Pacha présente la contre-proposition de l’État ottoman. Cependant, cela n’a pas été accepté par les puissances alliées et les délégués de l’État ottoman ont signé le traité de paix à Sèvres, une banlieue de Paris, le 10 août 1920 à la suite de menaces politiques et militaires. Selon le traité de paix de Sèvres, l’État ottoman a reconnu l’Arménie comme un État indépendant et la délimitation de la frontière dans les provinces d’Erzurum, Van, Trabzon et Bitlis se ferait sous le rôle d’arbitrage des États-Unis. Président Wilson. L’Arménie ayant accès à la mer et la démilitarisation des frontières ont également été acceptées.

Le 17 mai 1920, le Président Woodrow Wilson a officiellement accepté de déterminer les frontières entre l’Arménie (Occidentale) et la Turquie.

TURQUIE

Le grand vizir Damad Férid à Paris. L’abondance des matières et la précipitation des événements de Syrie nous avaient empêchés de publier, dans les derniers numéros de la Correspondance d’Orient, les documents relatifs à la Turquie. Pour que la documentation de nos lecteurs ne souffre pas de celte lacune, nous publions aujourd’hui, en les reprenant au point où nous les avions laissés, les faits relatifs à l’ancien empire turc :

Le 16 juin 1920, le grand-vizir Damad Férid arrive à Toulon. Le 17, la délégation turque s’installe à l’hôtel des Réservoirs, à Versailles. Cette délégation est composée de dix personnes.

Le 26 juin, dernier jour accordé à la Turquie pour présenter ses observations sur le Traité de Paix, la délégation remet au colonel Henry un long mémoire contenant ses observations au sujet des conditions de paix des Alliés. Ce mémoire contient une documentation copieuse, de nombreuses données statistiques sur la densité de la population turque dans les régions cédées et des cartes ethnographiques de l’empire ottoman.

Mais, écrit Le Journal (29-6-20), Damad Férid n’avait pas les pouvoirs nécessaires. Ses collègues, qui se défiaient, de lui ont même fait prendre par le Sultan un iradé lui interdisant de formuler aucune proposition définitive avant l’arrivée de deux ministres, Rechid bey et Djemal pacha, qui ont quitté Constantinople le 25 juin et ont débarqué le 28 à Tarente. Ces deux ministres seraient porteurs des éléments de la vraie réponse turque. De son coté. Damad .Férid allègue que sa note est la seule valable, puisque le délai de réponse est expiré.

Le mémoire de la Délégation turque.

Voici, à titre documentaire, une analyse du mémoire transmis par Férid pacha au Président de la Conférence de la paix en réponse au projet de traité qui lui avait été remis le 11 mai. Nous empruntons cette analyse a notre confrère France-Orient (15-7-20). Nous résumons :

Le 26 juin, Le Président de la Conférence de la Paix a reconnu, dit Férid Pacha, que la Turquie n’était entrée dans la lutte que sous une pression étrangère. La Turquie espérait, que cette constatation de principe lui assurerait un sort moins rigoureux que celui qui a dû légitimement être imposé aux Etats responsables du déchaînement de la conflagration mondiale. L’entrée en campagne de la Turquie sous la pression allemande n’était pas conforme à la volonté du peuple turc (?)…

La Délégation Ottomane fait observer que :

La Turquie n’a pas porté la guerre et ses souffrances en territoire étranger. Aucune dévastation ne peut être imputée aux armées ottomanes. De pareils faits auraient dû peser, dit-elle, d’un grand poids dans la détermination des conditions de paix. Or ces conditions imposées à la Turquie sont infiniment plus dures que celles imposées à la Bulgarie, l’Autriche ou même à l’Allemagne. Le droit à l’existence est refusé à la Turquie ; le principe des nationalités et de la libre disposition des peuples, méconnu pour elle. C’est, le démembrement pur et simple.

L’Arménie(?) et le Hedjaz sont détachés

I — Le Gouvernement ottoman s’empresse de reconnaître les nouveaux Etats de la Pologne, de la Serbie-Croatie-Slovénie et de la Tchécoslovaquie.

2 — Il confirme la reconnaissance faite par la Turquie en 1918 de « l’Arménie » comme Etat libre et indépendante. (?)

3 — Il reconnaît l’Etat libre et indépendant du Hedjaz.

4 — En ce qui concerne le Maroc, il déclare accepter toute les conséquences économiques, commerciales et autres qui découlent du protectorat de la France.

5 — Il consacre le protectorat de la France en Tunisie.

6 — Il renonce à tous droits et privilèges sur la Libye, ainsi que sur les Iles de la Mer Egée.

7 —-Il reconnaît la Syrie, la Mésopotamie et la Palestine comme Etats indépendants conformément au paragraphe 4 de l’article 22 du Pacte de la Société des Nations.

8 — Il abandonne tous droits et titres sur l’Egypte et reconnaît) le protectorat établi par la Grande-Bretagne sur ce pays.

9 — Il renonce en faveur de la Grande-Bretagne aux pouvoirs du Sultan sur le Canal de Suez.

10 —: Il reconnaît le statut du Soudan;

11 — L’annexion de Chypre par la Grande-Bretagne.

12 — Il renonce à tous droits et titres sur les Iles d’Imbros, Tenedos, Lemnos, Samothrace, Milyiàrie, Çlilio, Samos et Nikaria.

13 — La Turquie n’ayant aucun droit de souveraineté sur les Musulmans soumis à la souveraineté ou au protectorat des autres Etats n’a, pas à renoncer à un tel droit. Le Califat n’est que le point de ralliement du monde musulman et ne comporte que des prérogatives d’ordre strictement moral, pour les Croyants conformes à la loi coranique et qui n’ont aucune place dans un document politique.

Les amendements requis — Tout en présentant des considérations juridiques et de fait sur la question et sur le fonctionnement de la Commission des Détroits, ainsi que du Conseil des Représentants des Puissances d’occupation, dont elle fait ressortir la complexité et les difficultés subséquentes, la Turquie s’engage à n’avoir aucun ouvrage fortifié sur les rives du Bosphore, de la Mer de Marmara et des Dardanelles; elle en appelle à la Société des Nations pour en assurer les garanties réciproques d’entière liberté des Détroits en déléguant pas exemple l’autorité suprême à un Haut-commissaire neutre. Pour la Thrace orientale, elle proteste contre l’attribution, à la Grèce de celle partie intégrante de l’Empire Ottoman, affirmant que cette disposition viole de la façon la plus grande le principe des nationalités, le droit de libre disposition des peuples, aussi bien que le droit à l’existence et le droit de conservation et de sécurité de l’Empire ottoman. Arracher la Thrace à la Turquie ce serait menacer Constantinople.

Toutes les considérations ethniques, politiques, militaires et économiques concordent pour s’opposer à cette cession. II en est de même de Smyrne. La souveraineté est transférée à. la Grèce qui disposera des moyens d’action nécessaires pour que dans cinq ans  le plébiscite lui soit favorable, au moins en apparence. La Turquie ne peut pas prêter les mains à celle solution qui léserait les droits imprescriptibles d’une fraction importante de sa population en entretenant des conflits permanents.

Clauses financières. — Le Gouvernement ottoman admet l’institution d’une Commission, chargée d’exercer un contrôle dans les finances ottomanes en vue d’assurer la loyale exécution des obligations qui lui incombe mais sans dépouiller le Parlement et la Sublime Porte de leurs légitimes prérogatives. Les ressources de la Turquie devront être augmentées d’entente avec la Commission financière, mais le rétablissement des Capitulations en matière économique ne saurait être accepté en ce qu’il créerait une inégalité injustifiée entre les indigènes et les étrangers…

Réponse des Alliés au Mémoire turc.

Spa, 7 juillet. — Au cours de sa séance de ce matin, le Conseil Suprême des alliés a décidé de faire à la Turquie une réponse très ferme. Aucune modification au traité ne sera consentie, sauf dans quelques détails concernant le contrôle interallié. Un délai de 10 jours sera imparti au gouvernement ottoman qui, passé ce délai, sera considéré comme ennemi.

 La note de réponse des alliés sera rédigée par un comité d’experts qui devra fournir son texte le 10 juillet au plus lard. M. Venizelos, qui assistait à la séance, a fait valoir que l’occupation d’une bande de territoire très importante, occupation heureusement réussie par les forces gréco-britanniques, sera un moyen de pression excellent pour obliger la Turquie à s’exécuter.

Ainsi par ces faits, le 7 juillet 1920, le Conseil Suprême des Alliées confirme, si besoin était, la reconnaissance de jure d’un Etat arménien sur le territoire de l’Arménie Occidentale.

Cette étude officielle d’une réalité juridique, vient entériner cette contre-vérité prétendant que la République arménienne d’Erevan aurait des droits sur l’Arménie Occidentale et la Sentence Arbitrale du Président Woodrow Wilson, alors que le seul Etat possédant ces droits juridiquement parlant est l’Arménie Occidentale.

La question, évidemment n’est pas de s’approprier telle ou telle chose au détriment de telle ou telle personne morale, mais de distinguer le vrai du faux afin d’établir une stratégie politique d’avenir pour toute la nation arménienne.

C’est de là que surgit l’essence de l’Etat d’Arménie Occidentale, qui a fait l’objet d’un renoncement et d’un négationnisme par une minorité arménienne puissante, mais corrompue et au service de l’ennemi.

Aussi, ce jour, je déclare la guerre à la trahison, cet acte qui distingue le crime de génocide perpétré intérieurement contre la population civile arménienne pour l’anéantir dans l’Absolu et qui nie par conséquent la loyauté du Hay au service de la construction d’un avenir pour sa nation.

(?) Reconnaissance d’une République arménienne du Caucase d’une superficie de 10.000 km² par la Turquie à Batoum signé le 04 juin 1918,  (Une semaine après la victoire de Sardarabad).

Arménag APRAHAMIAN

Président du Conseil National d’Arménie Occidentale

Sur les fronts Est et Ouest, la situation politico-militaire arménienne en Orient en mai et juin 1918

 

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