Mardi 11 Mai 1920 – Mercredi 12 Mai 1920
Remise du Traité de paix à la Turquie, ce jour le Mardi 11 Mai 1920
Les conditions que les alliés, par l’organe de M. Millerand, ont remises à la Turquie, étaient connues d’avance.
Elles sont dures, mais mérités, et elles auraient pu être plus dures encore, puisqu’il avait été question de prendre Constantinople aux Turcs et de refouler ainsi le siège de leur gouvernement en Asie.
Personne de s’apitoiera sur leur sort, qui n’est qu’une faible expiation pour les massacres de chrétiens auxquels ils ont froidement procédé, spécialement au cours des vingt dernières années.
Mais pour d’autres considérations où il n’entre pas de sentimentalité déplacée à l’égard de la Turquie, l’opinion française accueille froidement le Traité.
(Extrait du journal suisse « La Liberté » du Mercredi 12 Mai 1920).

La cérémonie de la remise du Traité de Paix à la délégation turque a eu lieu, hier Mardi, à 4 heures du soir, au ministère des affaires étrangères à Paris.
M. Millerand présidait, M. de Fouquières chef du protocole introduisait les délégués de l’Empire ottoman, M. Millerand au nom des alliés leur remet le projet du Traité. Les puissances ont décidé que les discussions auraient lieu par écrit, un délai d’un mois est accordé au gouvernement ottoman pour faire connaître ses observations.
Tewfik Pacha, les mains tremblantes posées sur le document qu’il venait de recevoir, répondit quelques mots d’une voix assourdie par l’émotion.
M. Millerand a levé la séance qui avait duré cinq minutes
Le projet de Traité remis aux délégués turcs est divisé en treize parties.
1/ La première partie comprend le pacte de la Société des Nations à laquelle un rôle est assigné à plusieurs reprises dans le Traité.
2/ La Deuxième partie décrit les nouvelles frontières de la Turquie en Europe et en Asie.
3/ La troisième partie qui comprend treize sections oblige les Turcs à accepter les changements politiques à intervenir en Europe et en Asie tels qu’ils résultent du Traité.
Cette partie établit une convention spéciale pour le régime des détroits (Dardanelles, Bosphore et Marmara) : elle prévoit l’autonomie et l’indépendance éventuelle du Kurdistan et crée un régime spécial pour la ville et la région de Smyrne, restée sous la domination turque tout en passant sous l’administration de la Grèce.
Elle stipule la reconnaissance de deux nouveaux Etats : l’Hedjaz et l’Arménie : la reconnaissance provisoire de la Syrie et de la Mésopotamie comme Etats indépendants conseillés et assistés par un mandataire : l’administration de la Palestine par un mandataire qui sera responsable de l’application de la déclaration faite par le gouvernement britannique en 1917 concernant l’établissement en Palestine d’un home national pour le peuple juif.
Elle exige aussi la reconnaissance par la Turquie de la situation nouvellement crée par la guerre en Egypte, au Soudan, à Chypre et dans les Iles de l’Egée, ainsi que la reconnaissance du protectorat français au Maroc et en Tunisie pour couper court à toutes tentatives de la Turquie d’exercer une influence sur les musulmans de l’Afrique du nord.
4/ La quatrième partie s’occupe de la protection en Turquie des minorités religieuses et ethniques, ainsi que des mesures de restitution et de réparations pour les dommages qui leur ont été causé pendant la guerre.
5/ La cinquième partie fixe les conditions militaires, navales et aériennes de la paix, limite les forces armées laissées à disposition du Sultan, organise la gendarmerie ottomane et les éléments spéciaux prévus pour le renforcement de cette dernière. Le recrutement obligatoire est aboli en Turquie.
Le maintien de la liberté des détroits est garanti par le démantèlement, dans la zone qui les entoure, de toutes les fortifications, ainsi que par le droit réservé à la France, à l’Angleterre et à l’Italie d’y maintenir des forces navales, militaires et aériennes.
La marine turque est abolie à l’exception d’un certain nombre de bâtiments destinés à assurer l’ordre et la police de la pêche. Les forces aériennes turques sont supprimées.
6/ La sixième partie règle le retour des prisonniers de guerre : elle impose aux puissances signataires certaines obligations concernant l’entretien des sépultures militaires et confirme les engagements qui ont été pris pour les sépultures militaires des soldats alliés tombés dans la presqu’île de Gallipoli.
7/ La septième partie règle l’application des pénalités applicables à ceux qui ont violé les lois de la guerre et qui sont responsables des massacres survenu en Turquie pendant les hostilités.
8/ La huitième partie a trait aux arrangements pris pour l’avenir de l’empire ottoman et les réparations financières de ce dernier.
9/ La neuvième partie contient des dispositions d’ordre économique ; elle remet en vigueur plusieurs traités et conventions non politiques et fixe les principes applicables aux compagnies concessionnaires tant en Turquie que dans les territoires concédés par celle-ci.
10/ La dixième partie règle l’avenir de la navigation aérienne en Turquie.
11/ La onzième partie contient des clauses visant le contrôle international des ports, voie d’eaux et voie ferrés.
12/ La douzième partie est relative au travail.
13/ La treizième partie est composée d’articles divers qui n’ont pas trouvé place dans d’autres rubriques notamment la confirmation des décisions des cours des prises alliés et le futur régime monétaire de la Turquie et de tous les territoires qui en seront détachés.
Les clauses finales règles les conditions de l’application et de la mise en vigueur du Traité et envisage l’accession de la Russie au Traité de Paix avec la Turquie.
Le Traité de Sèvres dont les lignes principales avaient été déterminées à la Conférence de San Rémo, le 24 Avril 1920, avait été donné à l’étude du Gouvernement Ottoman le 11 Mai 1920 en présence des autorités d’Arménie.
Afin de faciliter l’adoption du Traité et d’appliquer les clauses de Sèvres, l’armée grecque a assailli le 23 Juin 1920 en Anatolie et à la Thrace avec l’encouragement et le soutien des États Alliés. Avec l’invasion l’une après l’autre de Bursa, de Balikesir, de Uşak et de Nazilli, le but essentiel de ces attaques était de provoquer l’application du Traité de Sèvres et de ne pas permettre une quelconque modification dans les articles du Traité.
Le Conseil de la Souveraineté se réunissant le 22 Juillet 1920, sous la présidence du Sultan Vahidettin a considéré » qu’il préférait avoir une faible existence que d’avoir une lourde perte » et a décidé l’adoption du Traité. Après que Tevfik Pacha n’eu pas signé ce Traité qui morcelle le territoire turc et qui ne convient pas du tout avec l’honneur et les sentiments nationaux, Reşat Halis Bey, (bey ; titre donné aux personnes notables), et Rıza Tevfik (Bölükbaşı) Bey, chargés par Damat Ferit ont signé le Traité le 10 Août 1920.
