De la place de la République d’Erevan, la capitale qui concentre un million d’habitants (sur moins de 3), il faut mettre 13 petites minutes pour rejoindre le monastère mékhitariste qui se situe au nord-est, près du jardin botanique.

Un ordre fondé au 18è siècle

Le fondateur de la Congrégation des Pères Mékhitaristes, qui regroupe aujourd’hui une vingtaine de moines, s’appelle Mékhitar de Sébaste. Ce moine catholique arménien, Petros Manuk, est né en 1676 à Sébaste, dans l’Arménie Օccidentale.

 En 1700, il fonde dans son pays, un ordre monastique qui porte son nom. 

 En 1701, les persécutions précipitent leur départ pour la Grèce. Puis, « une quinzaine d’années plus tard, ils s’installent, définitivement, à Venise sur l’Ile Saint-Lazare. » Nous sommes en 1717.

Les 21 moines actuels (à l’époque du fondateur, ils étaient une cinquantaine) sont les dépositaires et les disciples-gardiens de plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages. Ce sont de véritables trésors qui retracent l’Evangile, l’Histoire de la Chrétienté au Proche et au Moyen-Orient, en Europe.

Au fil du temps, la petite communauté va grandir et deux branches autonomes vont se former : celle de Venise et celle d’Autriche. Près de 3 siècles plus tard, vers 1995, les Mékhitaristes fondent le monastère actuel en Arménie.

Une petite équipe et de grandes responsabilités

Aujourd’hui, les 2 moines ont en charge l’école et le Petit Séminaire d’Erevan. « Nous avons, aussi, les activités normales d’une vie de paroisse », insiste le père Elia.

En tout, 18 professeurs viennent dispenser les cours dans cette petite école atypique reconnue par l’Etat arménien.

Un métier : éditeur !

Alors que la petite communauté arménienne travaille avec un autre prêtre sur deux nouveaux livres : une réédition des évangiles et une publication du catéchisme. En Italie, sur l’île Saint Lazare, une dizaine de moines travaillent sur l’édition de nouveaux livres. « En Italie, ajoute le Père Elia, ils sont 8 moines. » Retenez bien ce nom, en italien : Isola di San Lazzaro Degli Armeni. En Français : Ile Saint Lazare des Arméniens. Comme son nom l’indique, à deux coups de rame de Venise, dans sa lagune, sur une île aussi grande que 5 terrains de football, se trouve le siège de l’ordre monastique. A l’intérieur des bâtiments hérités de la Renaissance se trouvent des trésors bien gardés. « La bibliothèque est immense », se souvient le Père Kevork qui y a séjourné pour finir ses études en vue de la prêtrise.         

En effet, dans cette bibliothèque au style architectural des plus précieux, plus de 200 000 ouvrages et plus de 5 000 manuscrits (dont certains datent du 9è siècle) sont soigneusement rangés.

 Sur l’île, la Maison des Editions Mékhitaristes continuent son activité historique, et, reste la référence en matière d’œuvres littéraires arméniennes. A noter la revue académique d’études arméniennes, Bazmavep, qui est publiée sans interruption depuis 1843. C’est maintenant le plus ancien périodique académique d’Italie, et le quatrième au monde.

Des moines et des œuvres littéraires

Parmi les œuvres, citons celle-ci, qui fait référence dans le monde entier : L’Histoire du peuple arménien des origines jusqu’en 1874 (en 3 volumes), du Père Michaël Chamchian. Ce-dernier a travaillé, également, une grande partie de sa vie sur l’édition des Commentaires des Psaumes (en 10 volumes). 

Encore plus rare et plus éminent, les nombreux ouvrages du Père Gabriel Avédikian. Nous sommes à la fin du 18è siècle et au début du 19è. Il a travaillé, notamment, sur la grammaire arménienne. Il a traduit, aussi, en arménien La Cité de Dieu, du grand saint Augustin. La liste est longue de ces trésors culturels où se mêlent livres anciens, textes littéraires, dictionnaires et grammaires, et, œuvres religieuses. Il faudrait passer plus de temps avec ces moines, qui sont, eux-mêmes, des livres d’histoire ouverts. Leur petit nombre met-il en danger l’avenir de la communauté ?

Des projets et des besoins

Pour le Père Elia : « Oui, c’est vrai, nous sommes de moins en moins nombreux, mais les raisons d’espérer existent. Nous n’allons pas disparaître du jour au lendemain. Nous avons des vocations. Et, nous sommes entourés de nombreux amis. La diaspora arménienne est très active. Elle nous aide à sauvegarder notre patrimoine incroyable et à réaliser nos projets actuels. » En Arménie, parmi les projets qu’il faut financer de manière récurrente, il y a la vie du monastère, de l’école et du séminaire. Chaque mois, le budget nécessaire est évalué aux alentours de 9 000 euros. L’été approchant, avec les camps qu’ils organisent, sur les deux mois, ils ont besoin de 5 000 euros, pour une centaine de jeunes. Pour faire fonctionner leur Centre de Jeunesse à Choratan, ils doivent débourser tous les mois près de 2 000 euros. Et, concernant l’édition ? « Cette année, pour la rentrée prochaine, nous avons besoin de financer la réédition de 2 livres et la traduction du Nouveau Testament en Arménien. »

En quittant le monastère mékhitariste d’Erevan, et, face aux chantiers annoncés, la tâche paraît immense. Impossible ne fait pas partie de leur vocabulaire.

Les gardiens de la mémoire arménienne et des textes sacrés continuent leurs services. Ils vont soulever de nouvelles montagnes, même si leur nombre se réduit au fil des générations. La prochaine génération est en formation. Elle apprend la vie monastique et le métier d’éditeur. Ce qui n’est pas commun !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur facebook :

Mekhitarian centre of Armenia

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