15ième Session du Mécanisme d’Experts sur les Droits des Peuples autochtones

Intervention Point 9 – Violence à l’égard de la femme autochtone – Juillet 2022

Lydia Margossian – Assemblée des Arméniens d’Arménie Occidentale 

Madame la Présidente,

Je voudrais tout d’abord exprimer ma solidarité avec la souffrance de toutes les femmes autochtones dans ce combat lié à la défense de leur sacralité. 

Le supplice de la femme autochtone arménienne est directement le résultat de programmes génocidaires et ne pourra cesser tant que le droit international qui a consacré la reconnaissance d’un Etat arménien en 1920 sur la base des souffrances et de l’historicité de la nation arménienne, ne sera pas pleinement appliqué.

Les souffrances de la femme autochtone arménienne est inhérente à la violence de la colonisation turco-seldjoukides du plateau arménien et s’inscrit dans le passé, dans le présent et dans l’avenir. 

– Une souffrance du passé par la déshumanisation consubstantielle à la colonisation et dans sa phase paroxystique par le génocide des Arméniens où l’atteinte à la sacralité de la femme autochtone arménienne, martyr d’entre les martyrs, fut directement visée et révélée dans toute son ampleur sous la plume du Député français Jean Jaurès: « les femmes enceintes éventrées, et leur fœtus embrochés et promenés au bout des baïonnettes et les filles distribuées aux soldats turcs et nomades kurdes et violées jusqu’à que les soldats les ayant épuisées d’outrages les fusillent enfin en un exercice monstrueux de sadisme avec des balles partant du bas ventre et passant au crâne. »

– Une souffrance du présent par la violence colonisatrice en Arménie Occidentale sous occupation dans un quotidien de turquification forcée et de persécutions qui fait écho à la souffrance de leurs sœurs en exil, dont je suis,  descendantes de rescapés, privées du droit de retour, s’assimilant de fait et perdant les modes d’acquisition de leurs savoirs ancestraux.

Une violence du présent par la souffrance de mères endeuillées par l’extermination de 5000 de leurs fils et la mutilation de 10 000 autres de ses fils sur le territoire de l’Artsakh en Arménie Occidentale lors d’une guerre d’agression déclenchée en 2020 par l’Azerbaïdjan. 

Une souffrance alourdie par le constat d’un monde témoin silencieux de l’utilisation pour la première fois de l’histoire de l’humanité, d’un arsenal militaire international sans précédent défiant tout entendement contre un peuple autochtone paisible de 150 000 habitants.  

Et l’angoisse au quotidien pour toutes ses mères liées au sort de leur fils emprisonnés illégalement depuis 2020 dans les geôles azéries.

Enfin, une violence de l’avenir par ce qu’il convient désormais d’appeler un génocide perpétuel qui frappe par programmes successifs la nation arménienne.

Je vous remercie.