1921

Dans le journal « DJAGADAMART » du 15 février, édité à Constantinople, j’ai lu un article me concernant.  L’auteur est un enseignant qui écrit aussi à propos des affaires militaires.

Le contenu de cet article, abondamment illustré par des détails issus de la presse dachnak, trompe les lecteurs, car il dénature la présentation des personnes et des faits y attenant.  Aussi, je n’écris pas contre mes calomniateurs, qui ne sont pas digne d’une réponse, mais j’écris pour l’histoire, l’histoire qui me jugera, moi ainsi que mes ennemis malhonnêtes.

Il n’y a pas que moi qui ai été persécuté par le Dashnaktsutyun. Ils ont persécuté Yeprem, Sako, le Dr Atabekian, Shahoumian et tous ceux qui n’ont pas obéi à leur bon vouloir et qui n’ont pas voulu être un bon outil entre leurs mains.  Le Dashnaktsutyun a été jusqu’à persécuter Hayrig, Izmirlian, ainsi que le Catholicos de tous les Arméniens, en fonction de nos jours, et qui malgré tous les dangers ne pense pas à fuir comme beaucoup. A mon sujet ils disent que j’ai été « l’enfant gâté du Dashnaktsutyun ».

Heureusement qu’en 1889 mon idéal révolutionnaire n’était pas celui du Dashnaktsutyun. Je suis heureux de dire que les révolutionnaires de l’époque sont toujours vivants aujourd’hui.  Je n’arrive pas à comprendre jusqu’à quel point un parti politique a le droit de s’approprier les personnages du passé de son parti, surtout si on prend en compte que le présent est tout à fait en contradiction avec la doctrine qui était prônée au départ et l’esprit National défendu.

Bien sûr qu’il serait heureux que le Dashnaktsutyun ait des héros connus et inconnus qui serviraient d’éducateurs (pour les générations futures).

Tous mes amis exceptionnels qui n’existent plus aujourd’hui dont le Dashnaktsutyun pense avoir nourri de son corps et avec lesquels le parti politique a toujours voulu se fabriquer une couronne de laurier avec leur travail, seraient ils considérés, eux aussi, comme les fils gâtés du Dashnaktsutyun si, dans les mêmes conditions que moi, ils avaient été obligés de se retirer isolés dans un coin d’Europe, pour « chercher la tranquillité dans la vie de salons » comme aiment le dire mes ennemis ?

Durant plusieurs dizaines d’années les combattants et moi même, avons été nourris des corps des Sasounsi, Mechetsi, Akhlatsi, c’est à dire, tout simplement du peuple arménien pour qui nous n’étions simplement que des soldats et non des Dashnaktsagans ou d’un quelconque autre parti politique.

Pendant que ces frères combattants qui ont été nourris par le Peuple, se battaient sur la Terre de la Mère Patrie dans des conditions 100 fois plus infernales qu’à présent, le Dashnaktsutyun dans sa presse étrangère étendait son combat politique en exploitant les noms de mes frères exceptionnels qui combattaient. Donc il est impossible de comprendre si ce sont nous, les combattants, qui ont été ceux qui alimentaient et gâtaient le Dashnagtsutyun où si c’est l’inverse.

Aujourd’hui le Dashnaktsutyun n’a pas le droit de parler au nom de ceux qui sont tombés avec bravoure et qui n’étaient pas des Dashnaktsagans !

Je n’arrive pas à admettre qu’un individu puisse être « l’objet personnel » d’un quelconque parti politique, et pire, que ce dernier puisse le « vendre » au prix qu’il veut et l’exploiter.

Je me suis retiré du Dashnaktsutyun en 1907. Ma deuxième démission a été relatée en 1917 dans le journal « Hayastan » En 1907 à Vienne, pendant le congrès du parti, le Dashnaktsutyun a approuvé le projet Caucasien, à savoir : abandonner son but originel, lequel était la libération du peuple de l’Arménie Occidentale, pour poursuivre son projet pansocialo-marxiste universel. Cela voulait dire que les espérances des arméniens de l’Arménie Occidentale seraient à moitié enterrées.

Pendant ces trois jours de débats houleux à propos du projet Caucasien, j’ai mis toute mon âme pour combattre ce projet. Le responsable du jour qui présidait le congrès, Maloumian, protestait, disant que moi et quelques autres personnes étions les causes de la prolongation du congrès.  

A ce moment-là, j’ai répondu : « votre sang sur votre tête (expression arménienne). Faites ce que vous voulez, mais ne refermez pas la porte de la Russie devant nous. Nous avons déjà beaucoup d’ennemis, ne nous faites pas devenir les ennemis de la Russie, ne faites pas en sorte que les arméniens du Caucase subissent le même sort que les Arméniens de l’Arménie Occidentale ».

Le problème pour lequel nous nous sommes disputés longuement, pendant ce congrès, était à propos des armes et des munitions qui se trouvaient dans le Vaspurakan.  J’étais persuadé, du fait de ma longue expérience de la guerre, que ces armes passeraient entre les mains de l’ennemi. Mais Aram Manukian (Pacha) affirmait le contraire. On ne m’a pas écouté et le Congrès a préféré soutenir la thèse d’Aram qui n’avait aucune expérience. Quatre mois plus tard, ces armes sont passées dans les mains de l’ennemi et Aram a été arrêté dans sa cachette.

Lorsque j’ai appris cette nouvelle, j’ai considéré que c’en était trop pour rester au sein du Dashnaktsutyun ; j’ai donc écrit ma lettre de démission à Varna et je l’ai faite parvenir à Genève pour qu’elle puisse être publiée dans le journal « Droschak ». Le bureau de Genève a alors envoyé précipitamment un de ses membres, Sarkis Minassian, pour me persuader de rester au sein du Dashnagtsutyun.  Le bureau oriental de Tiflis, à son tour, a publié un télégramme sous un faux nom pour que je retire ma démission.

A partir de cette année-là, et en voyant tout ce qu’a fait le Dashnaktsutyun, je me suis senti conforté sur les raisons de ma démission.  

Après ces événements, je voyais le Dashnaktsutyun qui effectuait un travail de persécution des « bourgeois » arméniens : pour, soit disant, défendre les intérêts des ouvriers, il organisait des grèves à Bakou et à Batoum. De ces grèves les propriétaires arméniens des sociétés pétrolières ont été les seuls perdants, alors que souvent ce parti allait mendier de l’argent auprès de ces mêmes bourgeois.  Beaucoup d’entre eux ont fermé leurs usines pour le plus grand bonheur des propriétaires Tatars (c’est à dire des turcs azéris). Autres conséquences et non des moindres : Plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers arméniens se sont retrouvés alors à la rue, sans travail.

Après la Constitution Ottomane, le Dashnaktsutyun a étendu ses grèves dans la région de Constantinople jusqu’à Kharpert et Sébastia, dans les fabriques de tapis.  

Depuis lors, le Dashnagtsutyun est resté fidèle à ses buts socialistes uniquement.

Lorsqu’on a eu une Arménie Indépendante (en 1918), ils ont prêché le socialisme au Peuple arménien, de l’Artsakh jusqu’à Sarikamich, alors que 80% de la population ne connaissait même pas encore l’alphabet arménien.  Ils voulaient apprendre aux Turcs et aux Tatars (azéris) le socialisme, en écrivant avec force dans leurs journaux : « Ouvriers, unissez-vous sans faire de différence entre les races ! ».

J’aurais aimé que l’encouragement des Dashnaktsagans, ce « Unissez-vous », s’adresse en priorité au Peuple Arménien, au lieu de provoquer pendant 30 ans un combat politique inter communautaire entre Arméniens et, en parallèle, en mettant en avant l’UNION (des socialistes et des marxistes).

A partir de 1907 jusqu’en 1914 j’ai vécu dans un village situé à une heure de Varna, à Galata, où il y avait 120 maisons bulgares et 10 maisons turques.  Les arméniens de Varna et même les bulgares peuvent témoigner de la manière dont j’ai vécu durant cette période de 7 ans.

En 1908, les turcs en proclamant une constitution réussirent à tromper l’Europe et chassèrent les révolutionnaires.  Des quatre coins du monde des gens reconnus comme étant des « révolutionnaires idéalistes » affluèrent à Constantinople, s’embrassaient avec les criminels, devenaient amis avec eux, en oubliant nos centaines de milliers de martyres (Nb : de 1895/96) , et en criant du haut des tribunes que dorénavant « ils étaient ottomans».  

Dès le premier jour, lorsque la « Constitution » a été proclamée, j’ai vu Maloumian (Aknouni) qui se trouvait en Bulgarie, Zartarian et, Vahagen qui a été, par la suite, pendu en Cilicie. Je les ai suppliés de ne pas aller à Constantinople, je leur ai dit que les turcs ont mis en place un énorme piège pour les tromper. Ils ne m’ont pas écouté et ils sont partis.

Par la suite le combat pour prendre les « chaises » (portefeuilles ministériels) dans le gouvernement turc a débuté. Quelques « Maitres » qui se satisfaisaient de toucher 2 pièces d’or par mois ont reçu 50 pièces d’or par mois. Dans les Tokatlian (Hotel Tokatlian) ou sur les iles, ont été organisés des réceptions et des banquets avec les « Camarades » Enver et Cie, à qui ils ont offert tous les secrets qu’ils possédaient.

Approximativement, 50 jours avant les massacres d’Adana, avec un faux passeport je suis allé à Constantinople où j’ai rencontré Aknouni, Vardges, Zardarian et quelques-uns des chefs du Dashnaktsutyun qui ont voulu pendant près de 5 heures me persuader que les Jeunes Turcs ne permettraient aucun massacre à l’avenir.  J’affirmais le contraire et je disais : « je ne le crois pas, ces animaux vont nous massacrer à nouveau ; ce qu’ils font actuellement c’est faux, c’est encore faux ; vous êtes en train de vous tromper, et vous trompez notre Peuple ! N’abandonnez jamais l’idée de l’autodéfense et préparez le peuple dans cette direction. De Tigranakert jusqu’à la frontière Persane il y a 160 000 kurdes armés. Les Jeunes Turcs les gardent sans les désarmer pour nous massacrer au moment propice».  (Nb : Mgr Balakian avait tenu le même discours envers les notables de Constantinople en 1914)

A ce moment-là, Maloumian m’a répondu : « quelle sorte d’homme pessimiste tu es, je ne t’ai jamais vu avoir un peu d’optimisme».

Par la suite Vardges m’a proposé que je fasse connaissance avec Ali Pacha qui était à ce moment-là le chef de la police à Constantinople. J’ai posé des questions, j’ai cherché et j’ai compris que c’était le même Ali Pacha qui, dans le quartier Zbossank de Talvorik de Sassun, avait fait entrer dans l’église tout la population Arménienne, l’avait fait assassiner et ensuite avait fait mettre le feu à l’église brûlant ainsi tous les corps. Ali Pacha s’est battu contre moi trois fois. Et maintenant « mes amis » voudraient que je mette ma main dans ses mains ensanglantées et que je lui dise « Hier nous nous sommes battus, devenons des amis aujourd’hui ».  Avec ma colère habituelle j’ai répondu à tous mes interlocuteurs en leur disant : << je vous souhaite bien du bonheur, mais au moins, ne mentez pas au Peuple ! >>. En leur souhaitant bonne chance je suis parti en Egypte.

45 jours sont passés quand j’ai appris que Talaat et ses semblables étaient en train de massacrer les arméniens d’Adana. (Nb : 30000 Arméniens massacrés) C’est à cet instant que j’ai écrit une lettre foudroyante à Aknouni, en lui demandant qui avait raison ? Moi et mon pessimisme, ou lui avec son optimisme ?  J’ai rajouté : « sachez bien que les camarades de Talaat, lorsque le moment propice sera venu, vous massacreront vous aussi ! ».

Quand j’écrivais ces lignes je n’aurais jamais imaginé que le Dashnaktsutyun approuverait un accord avec l’ITTIHAD (Comité Union et Progrés).

Par la suite le Dashnaktsutyun n’a plus connu ni mesure, ni frontière (dans ses actions).  Suite aux élections des députés (au parlement Ottoman), les combats commencèrent contre les droits du Patriarcat de Constantinople avec des attaques contre l’église et les cléricaux, contre l’institution sacrée comme la famille arménienne où ils ont prêché « l’amour libre» , contre l’économie arménienne en persécutant les « bourgeois ».

Déjà, en faisant passer la loi sur le service militaire pour les chrétiens, les députés Dashnag, tout en parlant pompeusement, prouvaient avec orgueil qu’ils étaient « des ottomans fidèles».  

De Constantinople a été donné un signal d’offensive contre le « Tsarisme». Les journaux dashnak criaient : « A BAT LA RUSSIE ! VIVE LA TURQUIE LIBRE ET REVOLUTIONNAIRE ! » .  Ils ne se sont pas contentés de déclarer un combat contre la Russie, ils voulaient aussi faire tomber le gouvernement Persan… en envoyant entre 50 et 100 combattants à Tebriz et à Teheran.  Pour interdire ces combats insensés et sans but j’ai parlé aux chefs, mais sans résultat.

Arrive la Guerre des Balkans (1912 première guerre des Balkans), à laquelle j’ai participé sans rien demander au Dashnaktsutyun. J’ai combattu contre l’ennemi éternel de mon peuple.  J’avais un idéal et un but, frapper notre ennemi éternel. A part cela, je suis resté jusqu’au bout, hors de toutes sortes de mouvements contre un état ou un gouvernement.

Mais le Dashnaktsutyun partaient dans toutes les directions : Un jour ils étaient russophiles, le lendemain russophobes, un jour ils étaient les ennemis des turcs, le lendemain ils étaient leurs amis, un jour ils étaient anglophiles, le lendemain ils criaient à bas l’Angleterre ! Un jour ils étaient l’ami des Perses, le lendemain ils se battaient contre.  Ces faits montrent seulement que le Dashnaktsutyun est privé de bon sens, de la sagesse et d’une vision d’avenir, sentiments que doit avoir chaque individu ou organisation qui a la responsabilité de l’avenir du peuple.

Comment peut-on diriger une nation ou un organisme qui a perdu son gouvernail ?  

Voilà pourquoi notre Peuple a été conduit de catastrophes en catastrophes, de tragédies en tragédies.  

Au début de la première guerre mondiale je suis allé dans le Caucase et je suis resté à côté de l’armée Russe jusqu’à la révolution de 1917, à la suite de quoi, le Conseil de Sécurité de l’Arménie a créé une unité militaire composée des Arméniens d’Arménie Occidentale.  

C’est à partir de ce moment là que pendant trois mois des provocations et des persécutions ont eu lieu contre moi. Un général Européen, un colonel, un consul et un fonctionnaire m’ont invité, un jour, et m’ont dit la chose suivante : « Andranik nous sommes vraiment désolés pour toi car on creuse trop sous tes pieds et on t’y jette des épines pour que tu échoues ».  Tout en disant cela ils ont sorti un cahier de leur poche et ils m’ont lu les noms de mes persécuteurs. Les noms de ces Européens et les noms de mes persécuteurs qui figuraient sur ce cahier je les publierai lorsque le moment propice sera venu. (Remarque de l’éditeur des mémoires d’Andranik : on espère que le Général nous pardonnera de n’avoir pas gardé le secret si on dit que, en haut de cette liste de persécuteurs se trouvait le nom de AHARONIAN).  

Pour répondre à mes ennemis sur la remarque que je n’avais pas pu arrêter l’offensive turque sur Karin, je vais dire qu’entre mon arrivée et mon départ il ne s’est déroulé que six jours. La raison de l’échec sur ce front-là, de Vaspurakan jusqu’à Erzinca et Babert, cette raison il faut la chercher auprès du Conseil National et auprès du corps d’armée qui a été créé à Tiflis dans les murs du gymnase des filles.  10 millions de roubles ont été dépensés pour la constitution de cette unité. Est-ce que les membres du parti Dachnak peuvent dire comment dans la période du gouvernement provisoire de Kerensky, leur parti qui représente 300 000 voix, n’a-t-il pu envoyer que 3 000 ou 5 000 personnes vers le front ?

Lorsque je suis arrivé à Sarikhamish, le général d’origine Géorgienne ODICHELIDZE qui commandait le front, m’a dit : « finalement j’ai été libéré de ce bourbier, et maintenant c’est toi qui va tomber dans ce même bourbier ! ». Mon traducteur était le Docteur ZAVRIEF.  

Comment m’a aidé le gouvernement Dashnak pendant que j’étais au Zangezur ? Tout devient clair si je dis que la population, très pauvre, des trois départements au nombre de 100 000 personnes a donné 50 mille roubles et que, par trois fois, elle a envoyé une personne de confiance à Tiflis pour demander l’aide au Conseil National et à chaque fois cette personne rentrait bredouille.

Même la somme qui appartenait à mon armée et qui a été envoyée à mon nom par Vahan Papazian et Terzibachian a été détournée par le gouvernement de Erevan afin que mon unité se dégrade.  

En rentrant de Karin, sur les ordres du Général Nazarbekian, je suis parti pour aller sur le flanc droit d’Alexandropol, à savoir les villages de Gulli Poutchakh, Orta Kilisse, Ghazantji. A cette époque selon le traité de Brest-Litovsk la rivière d’Aghourian (Arpa-Tchay) était la frontière de l’Arménie.  Le Général Nazarbekian était persuadé que les turcs ne passeraient pas sur l’autre rive, mais un jour, après un combat qui aura duré trois heures, l’armée régulière Arménienne quittait Alexandropol pour reculer vers Karakilisse, sans m’en tenir informé. J’ai combattu pendant trois jours l’unité de l’armée turque qui nous attaquait et ce, sans avoir de communication avec aucune autre unité arménienne.  

De là, en entrainant avec moi la population civile de vingt villages, je parti vers Djalal Oghlu.  L’armée turque marchait sur mes pas et nous n’étions pas encore arrivés à Djalal Oghlu, lorsque sept villages turcs ont commencé à nous attaquer par derrière. En arrivant à Djalal Oghlu j’ai voulu établir un contact avec Karakillisé par téléphone.  Le téléphone fut décroché par l’aide de camp de Nazarbekian ; le commissaire militaire et instructeur Dachnag Mamasian m’informa alors que, soit disant, ils n’avaient aucune nouvelle de nous depuis six jours, et en même temps il m’apprit que « les unités turques allaient nous attaquer à Hamamlu », et donc : « laissez Karakilisé et partez pour Dilidjan, et ce sera ma dernière communication avec vous » m’a t-il dit et… la communication fut interrompue…

Jours et nuits, par télégramme ou par téléphone, mon secrétaire, l’officier Chimchirian, a tenté d’établir le contact sans y parvenir, et j’ai alors compris que nos unités, sans même combattre, avaient abandonné Karakilisé.

L’unité turque qui m’a poursuivi arriva à Djalal Oghlu. Je ne pouvais pas abandonner vingt mille réfugiés à leurs sorts et partir ! Ce n’est qu’après un jour et demi de combat et seulement après avoir pris connaissance que les réfugiés étaient assez loin sur la route vers la gare de Kalakeran que je me suis dirigé vers le village de Dsekh, où j’ai retrouvé le poète Hovannes Toumanian.  

Si les turcs avaient osé entrer dans Karakilise qui était vide pour occuper les vallées du Lori, je serai tombé prisonnier avec mon unité et tous les réfugiés avec…

Cinq jours plus tard, j’ai su par Mamasian, qu’ils étaient revenus à Karakilisé et qu’aucun turc n’était entré dans la ville. Trois heures après, j’ai reçu l’ordre de Nazarbekian de tenir la ligne de chemin de fer. Plus tard, toujours par téléphone, le commissaire Mamasian m’informa avec enthousiasme que les soldats arméniens pourchassaient l’ennemi sur la ligne du chemin de fer de karakilisé.  Tout de suite j’expliquais que la retraite de l’ennemi était une ruse, je leur conseillais de ne pas avancer par le centre, et de garder fermement les deux flancs sans se soucier du centre.

Le premier jour, le combat dura quatre heures. Le lendemain matin le combat repris et trois heures après j’ai appris que Karakilisé fut abandonnée et qu’une retraite avait été ordonnée vers Dilidjan.  A une heure du matin les sentinelles de mon unité m’apprirent qu’elles étaient attaquées mais en répliquant elles avaient rencontré trente-neuf officiers et quelques centaines de soldats déserteurs de l’unité de Nazarbekian qu’elles avaient arrêtés car ces derniers fuyaient vers Tiflis en Géorgie, et elles voulaient me les conduire auprès de moi dans le village de Dsegh. Le poète Hovannes Toumanian et bon nombre de Loretsi sont les témoins de tous ces évènements là. Avec l’assistance de Toumanian nous avons commencé par nourrir ces quelques centaines de personnes.

J’ai questionné alors les quatre officiers russes qui se tenaient auprès du Général Korganian (artilleur) pour savoir où était parti Nazarbekian ?  – Leur réponse fut « Dilidjan ! – Je répondis « et vous vous partez où ? » – ils me répondirent « à Tiflis ! ». – Messieurs ! Je vous dis que si vous voulez partir à Tiflis sachez que les turcs de Bortchalu vont vous tuer tous et prendre vos armes !  – On vous donne notre parole d’honneur que demain ou après-demain on reviendra pour vous rejoindre » m’ont-ils répondu en Russe. En présence de Korganian et vingt Loretsi j’ai répondu : – « Vous n’allez pas revenir me rejoindre, car vous allez partir pour Tiflis et vous allez faire massacrer tous ces officiers et cette centaine de soldats. » Et bien sûr, ils sont partis et se sont fait massacrer…  Seul le Général Korganian a réussi à se sauver, je ne sais toujours pas comment…

J’ai pris la route pendant deux jours en ayant avec moi vingt mille réfugiés, sous une pluie terrible et de la neige mélangée avec de la grêle, et en arrivant à Dilidjan j’ai vu qu’il n’y avait personne, tous avaient fuit. J’ai découvert alors l’Evêque Mesrop avec plus de mille orphelins, et parmi eux il y avait des jeunes filles de moins de quinze ans !

Les fuyards avaient jeté dans la rivière 12 mitrailleuses, 2 pièces d’artilleries, des cartouches par millions et quelques milliers d’obus !  J’ai ordonné de réparer la ligne téléphonique et le télégraphe pour pouvoir communiquer avec Yelenovka et Erevan. J’ai repositionné mes soldats face à Karakilisé, à une distance de 13 verstes de Dilidjan. Le Général Nazarbekian m’a fait parvenir un télégramme qui disait : « Pour l’amour de Dieu et de la Nation, tiens Dilidjan ! ». Je lui ai répondu que jusqu’à ma dernière cartouche je ne laisserai jamais Dilidjan ! A cette période nous n’avions pas de pain. Nous ne mangions que du maïs japonais et de l’orge.

Dans le même temps le Général Korganian se trouvait à Kars.  Kadjaznuni, Khatisian, Babadjanian, mais aussi Ohandjanian et les sociaux-démocrates Zorabian et Bekzatian sont partis rencontrer Veyib Pacha à Batoum. Le traité de la Paix m’est parvenu par des officiers turcs, tout d’abord de Kars via le Général Korganian, puis de Karakilisé via Vehib Pacha. Le troisième exemplaire venant de Tiflis par le Conseil National via la route d’Aghtafa.  Après avoir lu ces documents je les ai envoyés à Erevan au Général Nazarbekian.

Babadjanian m’avait raconté que le traité de Paix avait été signé après qu’un télégramme soit arrivé à Tiflis dans lequel, le Général disait qu’il n’y avait plus aucun soldat combattant…  Lorsque j’ai lu le traité de Paix, j’ai envoyé le télégramme suivant à partir de Dilidjan à Nazarbekian : « vous avez attaché de nouveau à votre coup et à vos pieds la chaine de L’esclavagisme depuis 600 ans de vos propres mains. Je ne peux pas accepter ces conditions en oubliant nos martyres des dernières trente années et un million de martyres. Je vous le transmets de Dilidjan, afin que je puisse partir maintenant, là où je veux ».  

Les copies de ce télégramme se trouvent auprès du Catholicos et à Erevan au sein du Conseil National.  Je remis alors le commandement de la ville de Dilidjan au Colonel Baghdasarian qui arrivait du quartier général de Erevan.

Après être resté sur Dilidjan durant sept jours, je me suis dirigé vers Yelenovka qui se trouvait côté nord au bord du lac Sévan. Là-bas, où mon unité était au complet et prête au combat, j’expliquais les difficultés de notre avenir et les nombreux et probables sacrifices auxquels les soldats devraient faire face. Ces derniers me répondirent d’une seule et unique voix : « on va se battre jusqu’à notre dernière goutte de sang pour arriver à notre but (la libération de l’Arménie Occidentale) ! ».  

Seul mon secrétaire, l’officier Chimchirian, me dit que, pour raisons familiales, il ne pouvait m’accompagner. Je lui donnais raison et il se mit en route. J’ai appris par certaines personnes qu’au mois de mai 1920 cet officier fut arrêté à Alexandrapol pendant le soulèvement bolchevik, fut emprisonné avec son arme sur lui et, soit disant, il se serait suicidé en prison…  

Mes ennemis savent très bien les raisons de mon départ vers le Nakhidjevan, à Julfa et Khoy.  Cela a-t-il été un échec ou une réussite ? Pour le savoir aujourd’hui, seuls les témoins, non seulement cinquante mille assyriens qui se trouvaient à Bakouba et vingt mille réfugiés arméniens pourraient y répondre, ainsi que les Perses et même mon ennemi Ali Hissan Pacha.  Seul Le peuple du Zangezur, de Ghapan, de Sisian, jusqu’à l’enfant de dix ans peuvent juger si mon unité avait été utile ou non.

Quand je me trouvais encore au Zangezur j’ai reçu une lettre de Khatisian.  Dans sa lettre, Khatisian me disait : « Mon cher Andranik, je veux que tu fasses la paix avec le gouvernement et moi je serai le médiateur ».  Dans ma réponse, je lui disais que la source de mon mécontentement c’était le chef du parti Dachnak et qu’après la publication dans le journal Hayastan de ma démission, le bureau local n’avait pas eu la noblesse de m’inviter pour entendre mes centaines de récriminations, car ce sont exactement les membres de ce comité locale qui m’ont persécuté.  

J’ai rajouté également : « Faire la paix ou non n’a aucune grande importance. Aujourd’hui on existe, demain on n’existe pas. Lorsque les frontières de l’Arménie seront définies et que les états les reconnaitront comme telles, lorsqu’on aura un gouvernement de coalition, à ce moment-là, le Peuple arménien sera heureux et si le gouvernement de coalition trouve la nécessité de me donner un travail et me dit avoir besoin de moi, c’est avec grand fierté que je m’exécuterai sous son ordre. Pour l’Amour de Dieu, faites en sorte que les générations futures vous bénissent et ne vous maudissent pas ! ».  

Dans le Zangezur, mon principal souci était les trente mille réfugiés ; le peuple de cette région a vu jusqu’à quel point je me suis soucié de leur vie tout en récupérant les orphelins dans la rue.  Il faudra que nos ennemis rendent des comptes aux 380 000 réfugiés de l’Arménie occidentale, à ceux qu’ils ont fait tuer, à savoir, la moitié dans les murs d’Igdir, Etchmiadzine, Erevan, Alexandropol et cela, devant les yeux de la population locale au nombre de 200 000 arméniens de ce département.  

Grâce à l’état russe et à l’œuvre de Babadjanian ont été reçus, 50 millions de roubles qui ont été partagés entre différentes associations caritatives directement de main à la main, et dans la plupart des cas, aux dizaines de milliers de déserteurs qui ont, soit disant, servi comme fonctionnaires dans ces organismes.  Ils n’ont jamais rendu de comptes sur cet argent, ils l’ont dépensé sans contrôle. Personne ne sait combien a été donné aux réfugiés et contrairement à mes efforts je n’ai pas pu faire rentrer dans l’administration de ces organismes caritatifs 6 représentants des 6 départements de l’Arménie occidentale afin de mettre un terme au détournement et au vol de ces fonds…  (voir le rapport à ce sujet, de la Croix Rouge établi en son temps)

Mes ennemis m’accusent, lorsque je suis allé en pèlerinage à Etchmiadzin, d’avoir déposé mes armes aux Catholicos et d’avoir fait une « campagne » sur Erevan.  Oui, Etchmiadzin est pour moi un lieu de pèlerinage et le Catholicos est plus important pour moi que vingt Généraux, et c’est pour cette raison que j’ai jugé utile de lui rendre mes armes.

Pendant que je me trouvais à Etchmiadzin, tard dans la nuit, des cavaliers sont arrivés pour me transmettre une nouvelle : Sept de nos soldats désarmés ont été tués et les tirs continuaient encore.  

J’avais écrit auparavant au Commandant de Erevan Chahkhatuni pour qu’il interdise l’entrée de mes soldats dans Erevan sans mon autorisation écrite et dans le cas contraire, qu’il procède à leur arrestation.

Par la suite, nous avons commencé à donner des papiers militaires et à libérer des soldats ; quatre cents personnes sont parties pour Erevan.  Un missionnaire Américain, le Dr Escher m’a promis qu’il nous aiderait au niveau vestimentaire et alimentaire.

Un de nos soldats en passant sur le pont de Zanguelan été interrogé par un policier mauzerist (dénomination donnée aux policiers qui portant un mauzer se croyaient tout permis) qui lui demanda ses papiers militaires.  Il lui dit par la suite : – « est ce que tu as un pistolet ! – non – il faut que je te fouille ! Et sous prétexte de la fouille, le « mauzerist » prit la sacoche du soldat et s’enfuit en courant. Le soldat se mit à courir derrière lui. Une connaissance de ce soldat lui vint en aide et à eux deux, ils réussirent à rattraper le policier. Sur ces faits, arrive un officier arménien.  Les soldats, après avoir salué l’officier, racontèrent ce qui venait d’arriver et le propriétaire de la sacoche expliqua à l’officier ce que contenait son portefeuille. Au lieu d’examiner et de résoudre le problème, l’officier arménien tenta de faire partir le voleur. Les soldats protestèrent. Sur ce, l’officier tout en les insultant, sorti son pistolet et menaça les deux soldats. Arrivèrent d’autres soldats et débutât une bagarre à coup de jets de pierres.  

L’aide de camp du Ministre des Armées, Dro, arriva sur les lieux de l’incident avec une section composée de 50 soldats et ordonna d’ouvrir le feu. Cette section, composée de Vanetsi, refusa de tirer : « On ne tire pas sur nos frères ! », et… recula.  Dro partit et revint avec une compagnie qui en arrivant, ouvrit le feu. Nos soldats réussirent, en n’étant armés que de pierres à récupérer trois fusils.

Le Dr Escher était personnellement présent durant ces événements. Le Héros de Buyuk-Vedi (Dro) démontra la preuve de sa bravoure en tuant des soldats arméniens !  C’est cette nouvelle là que les cavaliers m’ont rapporté…

J’ai immédiatement fait désarmer tous les soldats et policiers au nombre de 500 ; j’ai fait confisquer les appareils téléphoniques; j’ai fait venir les officiers dans mes quartiers et pour maintenir l’ordre dans Etchmiadzin j’ai laissé 100 cavaliers sur place, et, immédiatement après, avec l’unité qui était à mes côtés, au milieu de la nuit, je partis vers Erévan pour réclamer les corps de mes soldats, les blessés et les prisonniers. L’archevêque et un évêque m’ont demandé de partir avant nous sur Erevan pour résoudre le problème.  Je leur ai répondu que je leur laissais une heure à partir du moment où j’arriverais sur le pont de Zangu pour qu’on me rende les corps, les blessés et les prisonniers. J’ai précisé « dans le cas contraire je ne serais pas responsable du combat que je livrerais seulement hors de la ville.

En approchant des gorges de Zanguezur un officier britannique et l’officier Martik Baléosian qui était aussi un officier britannique, vinrent me voir.  Ils me proposèrent de me ramener les corps des morts, blessés et les prisonniers. Ils me tinrent informé qu’un peu plus tard arriverait le Général Britannique Devy.  

J’arrivais à l’entrée du pont et j’attendis une heure. Peu de temps après on me ramenait un soldat blessé au genou que j’ai fait transporter vers Etchmiadzin. Les corps de mes soldats tués ont été dissimulés en me disant qu’il n’y avait aucun mort…  

Par la suite, le Général Devy avec Chahkhatuni sont arrivés et ont reconnu que dans cet incident le coupable était DRO, et Ils m’ont promis de punir les coupables.  

Par ailleurs, le soldat qui avait été prisonnier lors de la bagarre m’a raconté comment son argent, sa dague et son pistolet avaient été confisqués et comment, avant d’être emprisonné, ils ont pris ses bottes ! J’ai réclamé alors les objets de ce soldat qui m’ont été rendus.

Avant d’arriver à Etchmiadzin, les « mauzerits » avait déjà tué 150 personnes.

Il ne se passait pas un seul jour sans qu’une personne soit tuée ou pendue. Les paysans sont venus me voir à Etchmiadzin en se plaignant que le gouvernent les avait volés, en achetant leur coton à un prix dérisoire sans jamais être payé. Selon l’information des paysans j’ai compris que ce coton avait une valeur de trois cent mille sterling or. Il s’agissait du même coton qu’Aharonian a voulu vendre à Liverpool ou Manchester, mais le ministre Sarkis Araratian a été plus rapide en le vendant dans Batoum et en touchant une commission.

J’ai répondu aux protestations des paysans en leur disant que je n’avais aucun lien avec le gouvernement d’Erevan et qu’ils pouvaient aller déposer plainte auprès du Ministre de l’Intérieur au sujet de leur coton. Les paysans m’ont dit qu’ils en avaient déjà fait la demande, mais sans aucun résultat.

Je suis parti de la République (en 1919) pour ne pas être considéré comme participant à tous ces actes déshonorants, insensés et vils qui détruisaient le peuple et auxquels les chefs de la République se sont consacrés dès son premier jour.

Auprès de chaque militaire a été attaché un espion dashnak.  

Le parlement était composé uniquement de dashnak parmi lesquels il y avait quelques femmes.

Un combat fratricide a été mené contre d’autres partis politiques arméniens dans et hors du pays. Et bien sur, également contre les Bolsheviks arméniens.  Ils ont fait la guerre contre la Géorgie sur l’unique décision de trois personnes du gouvernement et l’Arménie a été condamnée à la famine. Ils ont envoyé des délégations solennelles à Trébizonde et Constantinople auprès des criminels Enver et Talaat pacha.

Durant trois mois à Tiflis, ils se sont disputés au sujet de la formation de notre armée sur des principes de démocratie, ce qui reviendrait à voir disparaitre la discipline.

Aucun signe de sagesse n’a été montré par les dirigeants de la République depuis le Traité de Paix.  

L’administration était uniquement constituée de fonctionnaires Dashnak.  Leur nombre est arrivé à seize mille personnes ; les éléments hors contrôle des Dashnak, c’est à dire leurs opposants, ont été envoyés en première ligne sur le front.

Après la signature du Traité de Batoum, Khatisian dans Tiflis disait que les turcs ont progressé et qu’ils étaient des « gentlemans » et, que les arméniens de l’Arménie Occidentale étaient incapables d’avoir des relations normales avec les turcs.  

Dans Erevan, ils habillaient somptueusement nos plus belles filles afin d’accueillir en gare, avec des bouquets de fleurs à la main, Khalil et Nouri Pacha, ceux-là même qui ont fait violer et tuer des centaines de milliers d’arméniennes… C’est avec l’orchestre militaire que la réception a été donnée à ces gens-là à Erevan.

Ils n’ont pas su gérer la politique intérieure du pays et n’ont fait que déclencher les rébellions dans les régions peuplées de turcs.

Toutes les propositions de la Délégation Nationale sur la question de l’Union Nationale ont été rejetées.  Tout cela fut calquer sur la même manière de penser que celle des chefs de la Russie actuelle.

Comme Je l’avais déjà prévu, toutes ces « chaises » occupées par les dirigeants Dachnaks d’Erevan étaient branlantes puisque la Russie n’avait pas dit son dernier mot.  Malheureusement, aujourd’hui, mes prédictions sont devenues réalités. Les personnes qui se prosternaient devant les « gentlemans » turcs ont signé le traité d’Alexandropol, en enfonçant dans la boue le même stylo en or qui avait servi à la signature du Traité de Sèvres.

L’année dernière, lorsque j’ai été en Amérique, Bastermadjan avait fait un esclandre en disant que Poghos Nubar était en train de donner aux kurdes le sud de l’Arménie.  Pourtant je n’ai jamais entendu ce que pense ce même Bastermadjan au sujet de ceux qui ont vendu toute l’Arménie occidentale à nos ennemis !

La République Arménienne a été avortée car pour construire un bâtiment il fallait de bons architectes, mais les dirigeants avaient mis les fondations de la République « dans l’air au lieu de les mettre sur la terre ferme » (nb : dicton arménien).  Ceux qui creusaient le trou pour d’autres, y sont tombés eux mêmes.

Mon âme et ma conscience sont en paix par rapport à tout cela. Le reste, je le laisse aux soins de l’impartialité des historiens pour que soient mis au grand jour les responsabilités de ceux qui ont versés autant de sang d’innocents arméniens.

ANDRANIK  

Typographie « APAGA » 83 rue de la Santé, Paris XIII

Traduction en français : Kristof et Caroline Marcarian

Version arménienne :

http://www.western-armenia.eu/archives-nationales/Zoravar_Antranig/Zoravar_Antranik_gue_Khossi-09.12.2017.pdf

http://www.western-armenia.eu/archives-nationales/Zoravar_Antranig/Zoravar_Antranig_gue_khossi-1-25.08.2017.pdf