ARMENIE OCCIDENTALE – Le 22 mai – La conférence des ambassadeurs entend lecture d’une communication selon laquelle le président Wilson est disposé à accepter le rôle d’arbitre afin de tracer les frontières de l’Arménie.

 Le 24 mai, le Président Wilson introduisit au Sénat un Message dans lequel il demanda à être autorisé à accepter le mandat arménien que le Conseil suprême offrait à l’Amérique. Dans ce Message, il indiquait que l’offre avait été faite en conformité de l’article 22 du Pacte de la Société des Nations et en recommandait l’acceptation en invoquant la sympathie pour l’Arménie qui avait surgi, non pas d’une petite partie du peuple américain, « mais, avec une spontanéité et une sincérité extraordinaires, de la totalité du grand corps d’hommes et de femmes chrétiens du pays, dont les contributions volontaires avaient pratiquement sauvé l’Arménie au tournant le plus critique de son existence ». 

Dans son cœur, y disait-il, le grand et généreux peuple américain a fait sienne la cause de l’Arménie ; et c’est au peuple américain et à son gouvernement que va l’attente du peuple arménien en lutte, maintenant qu’il sort d’une période de souffrances et de dangers indescriptibles. Le Président exprimait en conséquence l’espoir que le Congrès jugera sage de répondre avec la plus grande générosité aux espérances de l’Arménie : « Ce ne serait rien moins qu’arrêter la marche pleine d’espoir de la civilisation, si les États-Unis refusaient la proposition de devenir les amis secourables et les conseillers de ceux des peuples que, d’une manière autorisée et formelle, on leur demande de guider et d’assister ». 

Le Président terminait son Message en disant que, s’il se rend bien compte qu’il propose au Congrès de faire « un choix très embarrassant », il est du moins certain de parler d’après l’esprit du plus grand peuple chrétien désireux de voir tous les peuples chrétiens relevés de leur sujétion abjecte et de leur détresse et mis en état de se mettre sur pied et prendre leur place parmi les nations libres du monde : la reconnaissance de l’indépendance de l’Arménie par l’Amérique et l’assistance qu’elle lui donnera en acceptant les fonctions de mandataire signifieront une réelle liberté et un bonheur assuré pour les Arméniens.

Le Sénat se prononça sur le message le 31 mai 1920. Il n’accorda que 12 voix à la motion tendant à autoriser le Président à accepter le mandat pour l’arbitrage des frontières de l’Arménie. 

Et il rejeta par 43 voix contre 23 la proposition de renvoyer la résolution au Comité des relations extérieures jusqu’au moment où serait décidée la question de l’entrée de l’Amérique dans la Société des Nations. Finalement le Sénat adopta la résolution suivante par 52 voix contre 23 : « Le Congrès décline respectueusement de conférer à l’Exécutif le pouvoir d’accepter un mandat de protection des frontières pour l’Arménie ».

Le rejet par le Sénat américain du mandat de protection des frontières pour l’Arménie a exercé une énorme influence sur le sort de ce dernier pays.

C’est lui, en effet, qui orienta les Puissances vers la création d’une Arménie indépendante telle que t’envisagea le traité de Sèvres. Alors que le peuple arménien avait, non moins que les Syriens et les Arabes, besoin de l’aide et des conseils du mandataire désintéressé que l’article 22 du Pacte de la Société des Nations garantit aux peuples « non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne, c’est d’une Arménie ne devant compter que sur ses propres forces qu’il va être désormais question.

Aussi, le président Woodrow Wilson se prépara à soutenir son projet du mandat, américain sur l’Arménie, sans tenir compté du vote défavorable émis par la commission sénatoriale des affaires extérieures.

http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2553.asp