Genève, le 19 décembre 2020

Monsieur le Président de la République,

Mesdames et Messieurs les Ministres.

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs 

Mesdames et Messieurs les Consuls,

Mesdames et Messieurs,

Les exilés de la paix

Je voudrais tout d’abord remercier la Présidence et la Cheffe du Gouvernement pour cette nomination et c’est avec beaucoup d’honneur et d’émotion que j’accepte l’investiture pour conduire le Ministère des Affaires Etrangères de la République d’Arménie Occidentale.

Je tâcherai de mener la mission qui m’est confiée avec dignité dans la poursuite de mon engagement qui n’a jamais varié et qui s’inscrit dans l’application des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, dans la liberté, l’indépendance et la souveraineté des nations. 

Pourquoi affirmer la souveraineté des nations ? Parce qu’elle est garante de la paix mondiale contre les Empires et leurs velléités d’extension infinie. Parce que la souveraineté est le seul cadre d’expression véritable de la démocratie pour les peuples. 

L’objectif premier de notre diplomatie prend en charge et traite les dossiers les plus difficiles des régions du monde tout en portant une attention soutenue à la situation des droits de l’Homme et des peuples autochtones et se fonde entre-autres sur la Charte des Nations-Unies et sur la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones.

Le sang des peuples autochtones dont celui du peuple arménien coule depuis des siècles sur l’autel de l’appropriation illicite de ses ressources naturelles pour en extraire les minerais dont l’or et le diamant. Des mines de Potosi en Bolivie aux mines de l’Artsakh, cela doit cesser. 

Notre diplomatie s’attachera en particulier et au regard de la conspiration du silence régnant autour de la souffrance des peuples autochtones liées aux questions d’occupation et de colonisation à faire connaître toute la vérité grâce à la présence de nos Ambassadeurs et Consuls présents et témoins des faits.

Il est à noter à ce propos que malgré les témoignages des corps consulaires des Grandes puissances présents en Arménie Occidentale, l’Arménie est devenue martyr au regard de la colonisation turque seldjoukide qui a été et qui est parmi le plus effroyable attentat contre l’humanité qui n’est jamais existé en termes de barbarie à travers la décapitation de toute une nation devenue folle devant l’effroyable cruauté infligée aux siens. 

Une nation mutilée, égorgée à travers les siècles par « le plus grand spécimen anti-humain de l’humanité que sont les ottomans » ainsi que le décrivait l’homme d’Etat britannique William Gladstone.

Car sous les trottoirs des villes et des routes de ce qu’on appelle « la Turquie », il y a les milliers d’ossements sans sépulture, les crânes fracassés et les mains tranchées de millions d’enfants arméniens et grecs.

Le peuple arménien a été démembré et il l’a été à travers les siècles, à travers un génocide qui s’articule autour de plusieurs programmes dont la première phase a commencé sous le régime d’Abdul Hamid II pour culminer sous le régime des jeunes-turcs et des kémalistes.  

C’est précisément en s’appuyant sur le cas de l’extermination des Arméniens que la qualification de génocide a été forgée par Raphaël Lemkin, génocide qui se poursuit aujourd’hui à travers la guerre d’agression déclenchée le 27 septembre 2020 par les forces turco-azéries où la population civile autochtone a délibérément été prise pour cible. 

Il ne s’agit nullement d’une guerre mais de la poursuite de la politique d’extermination du peuple autochtone arménien et dans un cadre plus large des peuples autochtones dans tout le Moyen-Orient.

En 1894, le bourreau universel ottoman employait les canons, armes de dernier cri contre une population paisible désarmée. 

Ces mêmes ottomans qui en 1565 tentèrent en vain de s’emparer de Malte dont la forteresse tremblait sous le coup de leurs canonnades.

Aujourd’hui, les armes de destructions massives de dernière technologie qui s’abattent sur les peuples autochtones à savoir des drones kamikazes, des bombes au phosphore et à sous-munitions pourtant interdites dans les conventions internationales ont supplanté le canon mais le recours aux procédés des tribus barbares a perduré à travers les siècles, celui du maniement du yatagan sabrant des corps dans une obstination sadique.

Cette conspiration du silence qui a régné et continue de régner à quelques rares exceptions près n’est pas un fait nouveau dont il faut s’étonner. 

Cette même conspiration du silence a régné à l’identique après les massacres hamidiens de 1894-1896 faisant 400 000 morts donnant du même coup un blanc-seing au droit à l’assassinat et aux crimes contre l’humanité.

Rappelons-nous de l’évocation qu’en a fait Archag Tchobanian, illustre patriote, poète et qui à l’image du Révérend Père Gomidas dans le domaine musical, a recueilli la production du génie littéraire de sa race : 

« La période des grands massacres d’Arménie fut certainement le moment le plus hideux de l’histoire contemporaine. Un peuple chargé de siècles et de douleurs, qui avait trouvé en son âme assez de vigueur et de jeunesse pour jeter le premier cri de révolte contre le despotisme affreux étouffant l’Orient tout entier fut déchiré, déchiqueté par toutes les forces du Monstre, grand orphelin, seul au monde, n’étant ni slave, ni catholique ni protestant , mais seulement un groupe d’hommes désirant voir la culture occidentale, la liberté et la justice triompher en Orient, il fut abandonné par toute l’Europe officielle.»

Le deuxième objectif poursuivi par la politique étrangère arménienne réside dans l’éclat de l’Arménie Occidentale dans le monde 

Je veux inscrire cette politique dans la poursuite de l’œuvre engagée par Archag Tchobanian, membre de la Délégation Nationale Arménienne à la Conférence de la paix, qui a pu à la faveur de sa parfaite connaissance des lettres arméniennes et françaises associer les plus grands noms du pays de France à l’Arménie tels Victor Hugo, Anatole France, Delacroix, 

Denys Cochin, Jacques de Morgan, Pierre Quillard, Victor Berard, Francis de Pressensé, Paul Deschanel et tant d’autres illustres auxquels l’Arménie Occidentale rendra bientôt un vibrant hommage.

Les autres objectifs de la politique étrangère s’articulent autour 

  • De la résolution pacifique des conflits par le principe de la Neutralité, 
  • Et de la coopération dans un cadre de développement durable pour la protection de l’environnement.

Ces objectifs sont basés sur la stratégie politique ayant pour fondement juridique :

1) le Mémorandum de la Délégation Arménienne du 26 février 1919,

2) Le Traité de Sèvres du 10 août 1920, et le Traité additionnel de la même année,

3) La sentence arbitrale du Président W. Wilson du 22 novembre 1920,

4) la Déclaration officielle du Conseil National d’Arménie Occidentale du 17 décembre 2004,

5) La Constitution Nationale de la République d’Arménie Occidentale en date du 09 mai 2016,

La diplomatie arménienne se fonde sur le droit international et en particulier sur le droit international qui a consacré le démantèlement de l’Empire ottoman et la reconnaissance de l’Arménie de 1920 c’est-à-dire de l’Arménie occidentale qui se trouve depuis sous occupation par les forces armées turques.

Le peuple arménien est le peuple des exilés de la paix, d’un Traité de paix, celui de Sèvres qui a toujours force et qui est appliqué pour nombre d’Etats ayant un siège aux Nations-Unies mais qui n’a jamais vu son application pour la partie arménienne et dont la non-ratification explique les guerres d’aujourd’hui.

Comme suite à la signature du Traité de Sèvres le 10 Août 1920 par les Etats signataires, la diplomatie arménienne entendra faire poursuivre le processus de ratification engagé à l’instar de l’Arménie Occidentale qui l’a ratifié le 24 juin 2016 et qui a transmis l’ensemble des instruments de ratification au Quai d’Orsay (France).

Par la Déclaration du droit à l’autodétermination des Arméniens d’Arménie Occidentale faite à Chouchi le 17 décembre 2004 et sa Constitution nationale, la Diplomatie arménienne fera connaître le processus de reconstitution nationale à l’œuvre suite au crime établi de génocide et dont les Ambassadeurs et Consuls seront les porte-paroles.

Un processus de reconstitution nationale dans le cadre duquel l’Etat d’Arménie Occidentale est l’Etat continuateur de l’Etat arménien constitué sur les territoires de l’Arménie Occidentale en 1920 ayant obtenu une reconnaissance officielle par la Russie, les Puissances Alliées, les Etats-Unis, et la Turquie.

La politique étrangère de l’Arménie veillera enfin à ce que les fils de l’Arménie Occidentale qui ont servi dans les armées étrangères pendant les deux guerres mondiales soient honorés dignement pour leur loyauté au cours des cérémonies et commémorations patriotiques organisées notamment en France et en Grande-Bretagne pays dans lesquels un grand nombre de volontaires, fils de l’Arménie Occidentale ont combattu et péri aux côtés des militaires français et britanniques.

Tels seront les axes majeurs sur lesquels la politique étrangère de l’Arménie Occidentale tiendra son rang dans le monde.

Je vous remercie.