Paris ne cache pas sa jalousie pour la politique active d’Ankara dans la région, qui oblige chacun à tourner autour de lui. Mais le danger pour la Turquie réside dans le fait que la politique française pourrait potentiellement poser le problème de la révision des frontières des États dans le Grand Moyen-Orient, et que les Kurdes pourraient devenir un autre casse-tête dans un nouveau jeu diplomatique.

Ankara espérait vivement être invitée à participer au forum d’Athènes, auquel Chypre, la France, l’Égypte, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis étaient invités. De plus, elle a elle-même appelé plus tôt à la convocation d’une conférence internationale sur la Méditerranée orientale afin de trouver un moyen de sortir de la crise.

Tout s’est bien passé au début. Le 25 janvier, après une interruption de près de cinq ans, les soi-disant contacts préliminaires entre la Grèce et la Turquie ont repris. Le contenu réel des négociations n’a pas été officiellement révélé, cependant, la partie grecque insiste sur le fait qu’elle ne discute que de la question de la délimitation des zones maritimes. Le président français Emmanuel Macron a adressé une lettre à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan et lui a proposé de maintenir un « dialogue constructif ». En outre, en mars, à l’initiative de l’ONU, il est prévu de tenir des contacts officieux sur le problème chypriote. Et soudainement une panne – ils ont décidé de laisser la Turquie derrière eux, même si les conditions préalables à la coordination des efforts pour résoudre les problèmes aigus semblaient se dessiner. Au lieu de cela, ils ont adopté la thèse « condamnant les actions illégales de la Turquie en Méditerranée orientale, sapant la paix et la sécurité dans la région ».

Par conséquent, la réunion d’Athènes a été plutôt organisée afin de commencer une interaction avec la nouvelle administration américaine. Ce n’est pas un hasard, écrit le quotidien turc Sabah, qu’Ankara a accusé la Grèce et la France, ainsi que certains pays du Golfe, de «créer une alliance anti-turque». Si tel est le cas, qui peut y jouer les rôles principaux? Il ne s’agit guère de la Grèce, qui ne dispose pas des ressources nécessaires pour mener une politique régionale à large portée géopolitique. De toute évidence, la France est aux avant-postes, selon Le Figaro, «prête à sauver pleinement l’honneur de l’Europe, même si jusqu’à récemment elle n’avait aucune ambition stratégique au Moyen-Orient et était à la traîne dans le sillage des intérêts américains». Ce n’est que relativement récemment, lorsque l’affaiblissement de l’influence américaine dans cette région du monde est devenu évident pour tout le monde,

Après la crise de Suez de 1956, Paris a été contraint de sacrifier ses ambitions les plus sérieuses pour les Etats du Moyen-Orient et de redéfinir son format de communication avec eux. Selon les experts, cette recherche se poursuit aujourd’hui, alors que l’influence de la diplomatie française est mise à l’épreuve par divers événements, au centre desquels se trouve le Moyen-Orient. Mais en réalité, il n’a pas cherché à «marcher loin», a tenté de prendre pied dans le rôle d’un leader informel sur le flanc sud de l’Union européenne, se considérant comme un pont entre l’Europe et les pays du Moyen-Orient. Pour le moment, la France n’est pas le principal partenaire européen du Moyen-Orient et il n’y a pas d’appels de sa part pour des projets fédérateurs «euro-méditerranéen-moyen-orient». Si Paris s’efforce de maintenir sa présence dans les pays, où il a encore le potentiel de se produire seul – en Libye et au Liban, en Algérie, en Afrique de l’Ouest, au Maroc, en Tunisie et en Égypte. Cependant, la puissance française est complètement insuffisante pour être une véritable force, disons, dans le règlement de la situation en Méditerranée orientale, en Syrie, où elle a des capacités limitées, ainsi que dans le «dossier iranien».

C’est un fait que Paris n’a pas d’autre allié au Moyen-Orient que les États-Unis. Elle ne parvient pas à construire une politique indépendante avec la Turquie, la France ne cache pas sa jalousie historique pour la politique active d’Ankara dans la région, qui oblige chacun à tourner autour d’elle-même. Le danger pour la Turquie est que la politique potentiellement française puisse créer un problème de révision des frontières des États dans le Grand Moyen-Orient, et les Kurdes se révéleront être un autre casse-tête dans un nouveau jeu diplomatique. Ce n’est pas un hasard si les cercles politiques turcs évoquent périodiquement les accords d’il y a 100 ans sur la division de l’Empire ottoman. De nombreux conflits sanglants sur son ancien territoire obligent de nombreux spécialistes à revenir aux sources historiques à la recherche de raisons pour faire de la région une « poudrière » aujourd’hui. D’où les nombreuses prédictions sur l’effondrement de la Syrie, du Liban, de la Libye et même de la Turquie. Selon l’un des historiens français, la Grande-Bretagne et la France sont responsables de ce qui se passe dans la région, puisque «nous avons construit le Moyen-Orient, nous le détruirons».

Pour l’instant, Paris préfère agir dans le cadre des initiatives mises en avant par la communauté européenne, craignant d’entrer en conflit avec les intérêts des États-Unis. Cependant, la politique étrangère de la France au Moyen-Orient se transforme, et de manière assez significative. Il s’inscrit dans une nouvelle réalité dans le domaine de la géopolitique qui se dessine au Moyen-Orient dans le contexte de la formation d’un «nouvel ordre mondial» sous la présidence de Joseph Biden. La Turquie doit donc elle aussi faire face à des problèmes de politique étrangère complexes et même historiques.

Stanislav TarasovПодробности: https://regnum.ru/news/polit/3190440.html