Cuisinait-on du pilaf dans les « cuisines » impériales autrefois ? – Ashot Harutyunyan 

  • by Editbeglari, mai 15, 2026 in Histoire
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Les sources et les faits dont nous disposons nous permettent de réaliser une publication reposant sur des bases documentaires incontestables. Elle révèle les racines profondes du problème de l’Ardakh, qui remontent au début du XIXe siècle.

Tout ce qui commença comme une conquête militaire de la partie orientale des hauts plateaux arméniens par le tsarisme fut entériné par le traité de paix de Gouliztan de 1813. L’Empire russe, tourné vers le sud, s’assura l’Ardakh comme domaine colonial.

Mais à qui, au lieu de la notion de « territoire conquis », s’est imposée cette libération du joug colonial perse ?

Le langage des chiffres (1805-1823) Si l’on se réfère aux recensements effectués par l’armée tsariste, le tableau est encore plus clair. Au début des années 1800, la grande majorité de la population des cinq principautés de l’Ardakh, soit 84,6 %, était arménienne, peuple autochtone dont les ancêtres cultivaient ces terres depuis des siècles. La composante tatare ne représentait que 14,7 %.

Déjà en 1823 (d’après les recherches de George Burnutyan), un tableau éloquent nous est présenté. Au cœur des principautés arméniennes de Khamse, à Jraberd et Khachen, les villages étaient entièrement arméniens. Gulistan, Varanda et Dizak conservaient également leur caractère arménien distinct (voir tableau).

Le pilaf était-il déjà cuisiné dans les cuisines impériales ? On entend souvent dire que la mosaïque ethnique de la région est un produit de l’ère stalinienne. Pourtant, les faits suggèrent le contraire : l’administration tsariste avait appliqué le principe du « diviser pour mieux régner » bien plus tôt.

En 1813, la province de Chouchi, qui remplaça le khanat d’Ardakh, fut rattachée à la région caspienne. L’administration tsariste n’a pas créé de province arménienne indépendante, mais l’a annexée à la région caspienne, à majorité musulmane, afin d’anéantir l’ancienne autonomie des princes arméniens autochtones (établie et maintenue par l’Empire iranien). La carte administrative de 1840-1859 révèle comment les territoires historiques ont été délimités par de nouvelles frontières artificielles, où les intérêts des Arméniens autochtones étaient subordonnés à l’équilibre stratégique de l’Empire russe.

Conclusion : L’Empire russe tentait de « réguler » le Caucase à la manière de Robinson Crusoé. Mais les chiffres et les cartes sont formels. L’Ardakh n’était pas qu’un simple territoire cartographié, mais un espace de vie arménien millénaire, dont le tableau démographique, même sous la plume d’un étranger, confirme l’identité incontestable.

Certes, le pilaf était préparé bien avant Staline, mais sa recette a toujours puisé ses racines dans la terre et l’eau des Arméniens autochtones.