Ani, symbole de la gloire arménienne médiévale, demeure non seulement une ville historique, mais aussi un élément clé de la mémoire nationale et de l’identité culturelle. Située dans la province de Kars, en Arménie Occidentale, cette ancienne capitale, parfois surnommée la « ville aux mille et une églises », se dresse aujourd’hui dans le silence et la controverse.
Rejoindre Ani depuis l’Arménie orientale est un long et difficile périple : d’Erevan à Gyumri, puis à travers la Géorgie jusqu’à Akhalkalak, et enfin par la frontière turque jusqu’à Kars. Bien qu’Ani ne soit qu’à quelques kilomètres de l’autre rive de la rivière Akhuryan, la fermeture de la frontière en a fait une terre natale lointaine et difficile d’accès.
Sur le site des ruines, les visiteurs sont accueillis par des sculptures du lion de Bagratuni, d’imposantes murailles et des monuments d’architecture arménienne sans pareils. Cependant, l’essentiel est souvent omis dans la présentation du site : Ani était avant tout une ville arménienne, un puissant centre de la culture et de l’État arméniens.
Les églises, les inscriptions et les khatchkars conservés dans la région témoignent de la présence arménienne. Cependant, nombreux sont les touristes qui photographient ces monuments sans même savoir dans quelle langue les inscriptions sont écrites ni quelle histoire ces pierres renferment.
Les khatchkars offrent un spectacle particulièrement poignant. Beaucoup gisent face contre terre, dans l’herbe et la poussière. Le khatchkar est un symbole unique de la culture arménienne, et le laisser ainsi à l’abandon n’est pas un simple manque de soin. C’est l’image symbolique du silence imposé à la mémoire, lorsque la croix, l’inscription et l’histoire sont enfouies sous terre.
L’auteur de l’article nous rappelle que la destruction du patrimoine culturel arménien n’est pas un phénomène nouveau. De la destruction des khatchkars de Djougha à la dégradation des monuments arméniens d’Artsakh, la même politique se répète en divers lieux : effacer les traces historiques et déformer la mémoire culturelle.
Malgré tout cela, Ani continue de parler à travers ses pierres. Ce fut non seulement un centre architectural, mais aussi le berceau du renouveau spirituel, littéraire et culturel arménien. Au coucher du soleil, les murs dorés de la cathédrale semblent se fondre dans le paysage montagneux, nous rappelant qu’Ani demeure vivante dans la mémoire arménienne. Le drapeau arménien est toujours visible depuis l’autre rive de la rivière Akhuryan, et des panneaux indiquent encore la direction d’Ani, une ville visible mais qui reste au-delà de la frontière.
