Boghos Nubar Pacha et la diplomatie de l’Arménie Occidentale. Armenag APRAHAMIAN

  • by Editbeglari, septembre 28, 2026 in Nouvelles
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De la réforme des vilayets à Sèvres, puis à l’abandon de 1920-1923

Étude historique, diplomatique et juridique

I. Une précision fondamentale : Boghos Nubar n’est pas « à l’initiative » du projet de l’Arménie Occidentale

Le projet politique auquel Boghos Nubar consacra son activité ne naît pas avec lui.

Il s’inscrit dans une histoire diplomatique beaucoup plus ancienne : ce qui renforce le projet d’une Arménie Occidentale.

Article 61 du traité de Berlin (1878) → réformes arméniennes de 1912-1914 → Délégation nationale arménienne → action diplomatique pendant la Première Guerre mondiale → Conférence de la paix de Paris → Arménie intégrale → Sèvres → arbitrage Wilson.

La Délégation nationale arménienne est créée en 1912, précisément dans le contexte où les Grandes Puissances remettent à l’ordre du jour la question des réformes dans les provinces orientales de l’Empire ottoman. Le catholicos Kévork V désigne Boghos Nubar pour la diriger, et celui-ci s’installe à Paris à la fin de 1912. 

Il faut donc distinguer deux choses :

  • la revendication historique et politique des Arméniens des provinces ottomanes ; 
  • la stratégie diplomatique personnelle de Boghos Nubar, qui donne à cette revendication une capacité nouvelle de pénétration auprès des gouvernements européens. 

C’est précisément là que réside son importance.

II. Pourquoi Boghos Nubar était-il particulièrement bien placé ?

Son parcours personnel est exceptionnel.

Fils de Nubar Pacha, ancien Premier ministre d’Égypte, il est formé en France et en Suisse et devient ingénieur diplômé de l’École centrale en 1873. Il occupe ensuite des fonctions importantes dans les chemins de fer égyptiens et appartient à une élite arménienne égyptienne fortement intégrée aux milieux économiques et politiques européens. 

Il ne vient donc pas de la diplomatie traditionnelle.

Il possède quelque chose de différent :

Capital économique + réseaux européens + expérience administrative + prestige familial + philanthropie arménienne.

La fondation de l’UGAB en 1906 constitue une étape essentielle. Avec d’autres notables arméniens d’Égypte, Boghos Nubar crée cette organisation dans le contexte des massacres de la fin du XIXe siècle. Elle lui fournit progressivement un réseau international et une expérience concrète d’organisation transnationale. 

Il possède donc déjà, avant 1912, une infrastructure sociale et financière qui lui permet de travailler à l’international.

III. 1912 : le véritable commencement du projet diplomatique

Le point de départ institutionnel est donc 1912.

Kévork V lui confie la direction de la Délégation nationale.

Sa mission initiale n’est pas encore de réclamer immédiatement un État arménien indépendant.

Elle consiste principalement à obtenir des Grandes Puissances qu’elles imposent à l’Empire ottoman les réformes prévues notamment dans le prolongement de l’article 61 de Berlin suite à l’article 16 du Traité de San Stefano.

C’est un point essentiel pour comprendre l’évolution ultérieure.

En 1912-1914, Boghos Nubar travaille encore dans une logique de réforme internationale de l’Empire ottoman.

Il ne commence donc pas par :

« Nous voulons détruire l’Empire ottoman. »

Il commence par :

« Les engagements internationaux relatifs à la protection des populations arméniennes doivent être appliqués. »

Cette stratégie était beaucoup plus acceptable pour les diplomaties européennes.

IV. Comment Boghos Nubar transforme-t-il une revendication en question internationale ?

Il utilise une méthode extrêmement moderne pour l’époque.

1. Il construit un réseau

Boghos Nubar multiplie les déplacements entre :

  • Paris ; 
  • Londres ; 
  • Berlin ; 
  • Genève. 

À Londres, il bénéficie notamment du soutien de milieux britanniques favorables à la cause arménienne et entretient des contacts avec des responsables du Foreign Office, dont Edward Grey. 

Il ne se contente donc pas de déposer des pétitions.

Il cherche à créer un environnement politique favorable à la question arménienne.

2. Il travaille avec les diplomates plutôt que contre eux

C’est une caractéristique importante de sa méthode.

En 1913, il participe activement aux négociations relatives au projet de réforme des provinces arméniennes.

Le compromis finalement obtenu en février 1914 prévoit deux entités administratives anatoliennes placées sous la surveillance de deux inspecteurs européens.

Les inspecteurs nommés furent le Néerlandais Louis Constant Westenenk et le Norvégien Nicolai Hoff.

Le projet est ensuite rendu caduc par l’entrée en guerre de l’Empire ottoman. 

Cela constitue toutefois une première victoire diplomatique considérable.

Pour la première fois depuis Berlin, la question de la gouvernance des provinces arméniennes est replacée dans un mécanisme international concret.

V. 1915 change complètement la nature du projet

C’est ici que se produit la rupture.

Le projet de réforme disparaît devant la destruction physique d’une grande partie de la population arménienne de l’Empire ottoman.

Boghos Nubar comprend que le problème n’est plus seulement :

Comment obtenir des réformes ? mais :

Comment garantir l’existence même du peuple arménien ?

La Délégation nationale devient progressivement un instrument de diplomatie de guerre.

En 1915, Boghos Nubar organise notamment des actions de secours en faveur des victimes. 

La question territoriale prend désormais une autre dimension.

VI. 1916 : Boghos Nubar comprend qu’il faut transformer les Arméniens en alliés militaires

C’est probablement l’un des épisodes les plus importants et les moins compris de son parcours.

Boghos Nubar ne veut pas seulement que les Alliés aient de la sympathie pour les Arméniens.

Il veut que les Arméniens deviennent des partenaires de guerre des Alliés.

C’est le projet de la Légion d’Orient.

Les négociations avec la France et la Grande-Bretagne durent environ deux ans, entre 1914 et 1916. Leur objectif stratégique est de faire participer militairement les Arméniens à la guerre et de renforcer ainsi leur position lors du règlement territorial d’après-guerre. 

Le 27 octobre 1916, un accord est conclu à Londres autour de la création de la Légion d’Orient (la Légion fut créée le 15 novembre 1916).

La formation est organisée sous contrôle français et rassemble principalement des Arméniens réfugiés de l’Empire ottoman.

Elle devient officiellement la Légion arménienne en novembre 1918 (pour être déclarée officiellement le 1er février 1919). 

C’est une évolution capitale.

Boghos Nubar tente de transformer le rapport : victime → protégée

en : victime → alliée → partenaire → bénéficiaire d’un règlement territorial.

C’est une stratégie diplomatique remarquablement moderne.

VII. Mais il existe déjà une ambiguïté : Cilicie ou Arménie Occidentale ?

Il faut ici éviter une confusion fréquente.

Boghos Nubar défend plusieurs projets territoriaux qui ne sont pas exactement identiques.

Il existe :

1. Le projet des réformes dans les vilayets orientaux

Erzurum (Karin)

Van

Bitlis

Diyarbekir (Tigranakert)

Kharpert

Sebastia

auxquels s’ajoute la question de Trébizonde.

2. Le projet d’une Arménie intégrale

Qui associe :

  • la République d’Arménie du Caucase ; 
  • les territoires arméniens de l’Empire ottoman ; 
  • selon les formulations, la Cilicie. 

3. Le projet cilicien

Boghos Nubar cherche également à obtenir pour la Cilicie une forme d’autonomie ou de foyer national sous protection française.

Cette pluralité est essentielle pour comprendre la suite.

VIII. 1919 : le sommet de la puissance diplomatique de Boghos Nubar

Après la guerre, Boghos Nubar arrive à Paris avec un avantage extraordinaire : les Alliés ont gagné.

L’Empire ottoman a perdu.

La question territoriale ottomane doit être réglée.

Et les Arméniens peuvent présenter leur cause comme une question liée :

  • aux engagements internationaux antérieurs ; 
  • aux massacres ; 
  • aux sacrifices militaires ; 
  • aux principes nouveaux de l’après-guerre ; 
  • à la nécessité d’une solution politique durable. 

Mais un problème apparaît immédiatement. Il existe désormais deux représentations arméniennes.

Délégation nationale arménienne : Boghos Nubar.

Elle représente principalement les Arméniens de l’ancien Empire ottoman (Arménie Occidentale) et sa diaspora.

Délégation de la République d’Arménie : Avetis Aharonian.

Elle représente la République arménienne du Caucase.

Les deux délégations parviennent néanmoins à coopérer.

Leurs représentants élaborent ensemble le Mémorandum sur la question arménienne, présenté à la Conférence de la paix.

Les deux délégations réclament alors un territoire comprenant les territoires arméniens du Caucase, les six vilayets d’Arménie Occidentale et un accès à la mer Noire, ainsi que la Cilicie. 

IX. Le 26 février 1919 : Boghos Nubar entre véritablement dans la diplomatie des Grandes Puissances

Le Conseil des Dix accepte d’entendre la délégation.

Nubar et Aharonian présentent ensemble leur mémorandum.

C’est un moment extraordinaire.

Mais il faut immédiatement apporter une nuance importante :

être entendu par le Conseil des Dix ne signifie pas être admis comme membre du Conseil des Dix.

Les Arméniens ne disposent pas d’un siège souverain à la table où les décisions sont prises.

C’est la première limite structurelle de la diplomatie de Nubar.

Il peut convaincre.

Il peut argumenter.

Il peut influencer.

Mais il ne vote pas.

X. Pourquoi devient-il néanmoins incontournable ?

Parce qu’il devient progressivement le principal interlocuteur non étatique de la question arménienne.

Son importance tient à la combinaison de plusieurs facteurs.

Premièrement

Il dispose d’un réseau diplomatique européen.

Deuxièmement

Il représente une structure arménienne déjà ancienne.

Troisièmement

Il possède des moyens financiers et organisationnels.

Quatrièmement

Il est considéré comme un interlocuteur modéré et diplomatiquement fréquentable.

Cinquièmement

Il dispose d’un réseau de comités pro-arméniens.

Sixièmement

Il peut présenter les Arméniens comme des partenaires des Alliés.

Septièmement

Il coopère avec Aharonian lorsque l’unité arménienne devient nécessaire.

Les archives de la Délégation montrent l’ampleur de cette activité : correspondances de 1913 à 1921, dossiers concernant les personnels et missions, notes, représentations privées et documentation diplomatique. 

XI. 1920 : le point culminant

Le moment culminant est constitué par trois événements :

1. La reconnaissance de la République arménienne par les Alliés

Elle intervient en janvier 1920.

2. San Remo

La question du règlement ottoman est intégrée dans une architecture internationale.

3. Sèvres

Le traité du 10 août 1920 reconnaît l’Arménie comme État indépendant.

Et surtout :

Article 89

La question de la frontière entre la Turquie et l’Arménie est soumise à l’arbitrage du président des États-Unis.

La décision arbitrale de Wilson est ensuite rendue le 22 novembre 1920.

Le Département d’État américain conserve le texte de la décision et son contexte juridique : le Conseil suprême avait invité Wilson, à San Remo le 26 avril 1920, à arbitrer la frontière entre la Turquie et l’Arménie, et le Traité de Sèvres contenait l’engagement d’accepter l’arbitrage. 

C’est ici que l’action diplomatique de Boghos Nubar atteint son apogée.

XII. Mais Sèvres n’est pas la victoire personnelle de Boghos Nubar

Il faut être très précis.

Le Traité de Sèvres n’est pas le résultat d’une seule diplomatie arménienne.

Il résulte de la conjonction :

  • de la défaite ottomane ; 
  • de la politique britannique ; 
  • de la politique française ; 
  • de la politique italienne ; 
  • de la politique américaine ; 
  • de la question grecque ; 
  • de la question kurde ; 
  • des intérêts pétroliers ; 
  • de la rivalité franco-britannique ; 
  • de la situation russe ; 
  • du mouvement national turc ; 
  • et de la diplomatie arménienne. 

Boghos Nubar a donc joué un rôle important dans la formulation, la défense et l’internationalisation de la revendication arménienne, mais il ne contrôlait pas les décisions des Grandes Puissances.

C’est précisément cette distinction qui permettra au Corpus d’éviter une mythologie excessive autour de sa personne.

XIII. Pourquoi les Alliés se détournent-ils ensuite ?

C’est ici que la question devient particulièrement intéressante.

Je ne parlerais pas simplement d’« abandon de Boghos Nubar ».

Il s’agit plutôt de l’effondrement de la coalition internationale qui avait rendu possible Sèvres.

Plusieurs facteurs interviennent simultanément.

1. La République arménienne s’effondre

En novembre 1920, la République arménienne du Caucase est soviétisée.

Cela bouleverse complètement le calcul géopolitique.

La puissance que les Alliés envisageaient comme noyau d’une future Arménie intégrale est désormais sous contrôle soviétique.

Boghos Nubar continue pourtant à soutenir l’application des dispositions concernant les Arméniens de l’Empire ottoman.

Mais son argument politique devient beaucoup plus difficile à défendre.

XIV. La victoire militaire kémaliste change tout

Le mouvement de Mustafa Kemal n’est plus une simple révolte.

Il devient une puissance militaire.

Les forces kémalistes remportent la guerre contre l’Arménie à l’automne 1920.

Parallèlement, les relations entre Ankara et Moscou se développent.

Les Alliés doivent alors choisir entre deux politiques : maintenir Sèvres intégralement ou négocier avec le mouvement kémaliste. 

Ils choisissent progressivement la seconde.

XV. La France constitue le cas le plus important

La France avait une relation particulièrement étroite avec Boghos Nubar en raison de la Cilicie et de la Légion arménienne.

Mais la situation militaire française en Cilicie devient extrêmement difficile.

La France cherche alors un accord avec Ankara.

Cela provoque une rupture fondamentale avec le projet de Boghos Nubar.

Une source officielle française de décembre 1920 est particulièrement intéressante : le ministère français des Affaires étrangères affirme qu’il n’existait pas, selon ses archives, d’engagement français formel garantissant une Cilicie autonome sous protection française en contrepartie de la Légion arménienne. Cette question montre à quel point les promesses ou assurances politiques de 1916 étaient devenues contestées après la guerre. 

XVI. L’Italie et la Grande-Bretagne changent également de calcul

Après 1920, les puissances alliées ne sont plus unies comme elles l’étaient en 1919.

Leur intérêt commun contre l’Empire ottoman disparaît progressivement.

Apparaissent :

  • les rivalités coloniales ; 
  • les intérêts économiques ; 
  • la question pétrolière ; 
  • la sécurité de la Mésopotamie ; 
  • la crainte bolchevique ; 
  • les négociations avec Ankara ; 
  • la fatigue militaire ; 
  • le coût d’une nouvelle guerre. 

La question arménienne devient progressivement une question secondaire dans la stratégie globale des puissances.

C’est probablement la clé pour comprendre l’échec de Boghos Nubar.

XVII. 1921 : la conférence de Londres

C’est ici que l’on peut mesurer presque expérimentalement la transformation de la diplomatie internationale.

Boghos Nubar et Aharonian arrivent encore ensemble.

Ils demandent le maintien des dispositions de Sèvres relatives à l’Arménie et une autonomie pour la Cilicie.

Mais les rapports de force ont changé.

Les délégations arméniennes n’obtiennent pas le résultat recherché.

Les travaux aboutissent à l’idée beaucoup plus limitée d’un «Home National » arménien dans les frontières orientales de la Turquie, plutôt qu’à l’Arménie prévue par Sèvres. 

Cette évolution est capitale.

Elle montre que les Alliés ne parlent plus le même langage qu’en 1919-1920.

XVIII. Le paradoxe de Boghos Nubar

C’est probablement la conclusion la plus importante de cette étude.

Boghos Nubar a réussi à faire passer la question arménienne :

d’une question communautaire à

une question diplomatique puis

une question internationale puis

une question de traité.

Mais il n’a jamais pu franchir le dernier seuil : transformer la reconnaissance diplomatique en capacité autonome d’exécution.

C’est là que se situe sa faiblesse structurelle.

XIX. Pourquoi Boghos Nubar ne pouvait-il pas empêcher l’abandon ?

Parce qu’il ne disposait pas des éléments suivants :

Une armée étatique suffisamment puissante

La Légion arménienne était auxiliaire et limitée.

Une puissance protectrice permanente

La France avait ses propres intérêts.

Une alliance durable entre les Grandes Puissances

Cette alliance disparaît après 1920.

Une maîtrise territoriale

La diplomatie ne suffisait pas à contrôler les territoires revendiqués.

Une capacité financière et militaire indépendante

Boghos Nubar possédait des réseaux et des moyens considérables, mais pas les instruments souverains d’un État.

XX. Une autre question fondamentale : Boghos Nubar représentait-il l’Arménie Occidentale ?

La réponse doit être nuancée.

Oui, dans une dimension importante de son mandat politique.

La Délégation nationale avait précisément été créée pour défendre les intérêts des Arméniens de l’Empire ottoman, dans le contexte des provinces orientales et de la question des réformes. 

Mais Boghos Nubar ne représentait pas juridiquement un État souverain d’Arménie Occidentale.

Il était président d’une délégation nationale.

Elle ne diminue absolument pas son importance historique.

Au contraire, elle permet de mieux comprendre la nature de son action :

Boghos Nubar exerçait une diplomatie nationale sans disposer de la souveraineté étatique complète.

C’est précisément ce qui rend son parcours particulièrement intéressant pour notre étude contemporaine sur les peuples, l’autodétermination et l’autochtonie.

XXI. Boghos Nubar et l’idée de « représentation »

Boghos Nubar démontre qu’au début du XXe siècle une nation dépourvue d’État peut néanmoins :

  • constituer une délégation ; 
  • obtenir une reconnaissance politique ; 
  • présenter des mémorandums ; 
  • négocier avec les gouvernements ; 
  • participer à des conférences ; 
  • obtenir l’audition par les Grandes Puissances ; 
  • contribuer à la rédaction d’un traité ; 
  • faire inscrire ses revendications dans un instrument international. 

Cela constitue un précédent historique important.

Mais il montre aussi les limites de cette diplomatie.

XXII. 1921-1923 : le retrait de Boghos Nubar

En juin 1921, Boghos Nubar quitte la présidence de la Délégation nationale.

Il est remplacé par Gabriel Noradounghian.

Les sources indiquent qu’il est alors démoralisé et malade. 

La Délégation continue toutefois son activité jusqu’en 1925.

La Conférence de Lausanne ne donne finalement pas aux Arméniens la place qu’ils avaient eue dans la diplomatie de Sèvres.

La question arménienne est désormais largement traitée comme une question de minorités et de réfugiés plutôt que comme une question de règlement territorial international.

XXIII. Le paradoxe historique final

1912

Nubar demande : des réformes internationales.

1915-1916

Il demande : la protection et un territoire.

1919

Il demande : une Arménie intégrale.

1920

Sèvres reconnaît : une Arménie indépendante et prévoit l’arbitrage frontalier.

Novembre 1920

L’arbitrage Wilson est rendu.

1921

Les Alliés parlent désormais : d’un foyer national.

1923

Lausanne consacre : une autre architecture internationale.

XXIV. Pourquoi cette histoire est essentielle aujourd’hui

La leçon de Boghos Nubar ne doit pas être réduite à : « Les Alliés ont trahi les Arméniens. »

Cette formulation est historiquement trop simple.

La véritable leçon est beaucoup plus profonde :

Une revendication nationale peut obtenir une reconnaissance internationale lorsque les intérêts des grandes puissances convergent avec elle ; mais cette reconnaissance reste extrêmement vulnérable si elle n’est pas accompagnée de mécanismes institutionnels, militaires et politiques permettant sa mise en œuvre.

C’est probablement la raison pour laquelle Boghos Nubar est simultanément :

l’un des plus grands succès diplomatiques arméniens du XXe siècle

et l’un des exemples les plus tragiques des limites de la diplomatie d’une nation sans puissance souveraine.

Aujourd’hui en transmettant des pans entiers de son territoire souverain (y compris l’Artsakh) à l’Azerbaïdjan, la République arménienne du Caucase transformée par substitution politique en République d’Arménie sans frontières officiellement reconnues réduit phase par phase sa puissance souveraine et par conséquent son droit à l’existence. 

Armenag APRAHAMIAN

Président du Conseil National d’Arménie Occidentale