Les frontières entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

  • by Western Armenia, avril 16, 2024 in Politique
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par Amalya Astrid Stepanyan

Lorsqu’on parle des frontières, il faut faire la distinction entre le principe des nationalités et le principe de gestion administrative.

Définition : le principe des nationalités ,

C’est le Droit pour toute « nation » (tout groupe social ayant une origine, une histoire, un mode de vie et de pensée communs), à se constituer en État autonome, dès lors qu'elle occupe un territoire déterminé. Le principe des nationalités fait référence aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes.

C’est le cas par exemple de l'accession à l'indépendance de peuples anciennement colonisés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'admission à l'ONU de leurs nouveaux États.

Le principe de la gestion administrative est une gestion des frontières fondées sur des accords administratifs sans tenir compte de la nationalité des populations.

Nous allons donc aborder le volet arménien puis le volet azéri.

1-     Sur le volet arménien,

Nous devons d’abord préciser que la population autochtone arménienne est présente depuis plus de 10.000 ans sur le territoire arménien qui se situe entre la mer caspienne, la mer noire et la mer méditerranée.

L’autochtonie se réfère à une population qui a toujours vécu sur ce territoire.

En 1917, et sur la base du principe des nationalités, le décret russe soutient le droit des Arméniens de « l’Arménie turque » occupée par la Russie à une libre autodétermination jusqu’à l’indépendance totale.

Poursuivant sur ce principe des nationalités à l’issue de la première guerre mondiale et sur la base des souffrances du peuple arménien notamment lié au génocide des Arméniens par trois gouvernements turcs successifs , un Etat arménien a été reconnu en 1920 par les grandes puissances dont la France et l’Angleterre.

Dans le prolongement du décret russe et dans le cadre du traité de paix international, une frontière qui est celui de la sentence arbitrale de Woodrow Wilson entre l’Arménie et la Turquie été déterminée respectant encore le principe des nationalités.

2-     Sur le volet azéri

Au début de l'année 1918, l'élément tatar a commencé à devenir actif et a progressivement acquis une structure politique et participé activement à la création de forces armées nationales.

Les Tatars de Transcaucasie et les Azéris, profitant de la désintégration de l’Empire russe, coopèrent activement avec la Turquie avec laquelle ils partagent les mêmes aspirations.

Les intérêts des Tatars, des Géorgiens et des Arméniens étaient opposés et en 1918,  les ambitions territoriales de ces trois nations commencent peu à peu à prendre forme : toutes trois sont en passe de fonder un État et toutes trois souhaitent clarifier leurs frontières.

Au départ de l'armée russe, les affrontements commencent entre Tatars et Arméniens.

Les Tatars voulaient expulser la population arménienne des régions qu’ils considéraient comme les frontières de leur État sur la base du principe de gestion administrative du tracé des frontières établi par Staline.

Situation actuelle

La situation s’est très gravement détériorée depuis 1 siècle.

Les massacres des Arméniens perpétrés par les Azéris commencent pendant la révolution russe de 1905 et font des centaines de morts. Les affrontements les plus violents ont lieu en 1905 : en février à Bakou, en mai à Nakhitchevan, en août à Chouchi et en novembre à Gandja, endommageant de manière importante ces villes et les champs pétrolifères de Bakou.

En 1920, le génocide de la population arménienne de Chouchi par les forces armées azéries a fait 20 000 victimes arméniennes

De 1988 à 1990,  les Pogroms perpétrés contre la population autochtone arménienne à Soumgaït, Kirovabad et Bakou a fait plus d’un millier de victimes.

Le 10 avril 1992, les forces armées azerbaïdjanaises pénètrent dans le village de Maragha et anéantissent toutes la population civile.

En 2020, l’agression génocidaire turco-azérie contre la population autochtone de l’Artsakh a fait 5000 victimes et 10 000 mutilés.

Le 19 septembre 2023 en une semaine, toute la population d’Artsakh soit 120.000 Arméniens, subit un nettoyage ethnique qualifié de génocide par les experts.

Parce que la question de la définition des frontières est aussi liée à la question de la démographie, il est aisé de comprendre les raisons de ces programmes génocidaires.

Par le déclenchement de ces guerres, l’Azerbaïdjan rejette aussi de facto le droit international et en l’occurrence l’article 92 du Traité de Sèvres qui stipule que les frontières entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie respectivement seront déterminées par accord direct entre les Etats concernés.

En conclusion, nous avons donc deux principes sur la question des frontières soit celle du principe de la gestion administrative, soit celui de la délimitation des frontières sur la base du principe des Nationalités au regard de l’autochtonie d’une population majoritaire sur son territoire conformément au droit international.