Programme du gouvernement de la République d’Arménie Occidentale. Intervention de Lydia Margossian 

  • by Editbeglari, juin 13, 2026 in Gouvernement
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Monsieur le Président de  la République

Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement et du Parlement,

Chers compatriotes,

C’est avec un sentiment profond de responsabilité, et avec la fierté de servir notre peuple, que je prends la parole aujourd’hui pour rendre compte des activités que j’ai menées au nom du Conseil National d’Arménie Occidentale et comme membre du gouvernement au cours de ces derniers mois. 

La période que nous couvrons — de la fin de l’année 2025 jusqu’à ce jour de juin 2026 — a été dense, exigeante, et riche en moments forts. Elle a vu nos structures institutionnelles se renforcer, notre voix résonner sur la scène diplomatique internationale, et notre présence s’affirmer sur le sol français, à Lyon notamment, ville qui porte en elle une part de notre mémoire collective.

Je structurerai ce discours autour de trois axes majeurs : nos travaux parlementaires et institutionnels ; notre engagement mémoriel et diplomatique, avec en point culminant la commémoration du génocide des Arméniens le  24 avril 2026 ; et enfin, notre action juridique et notre plaidoyer pour la reconnaissance des droits de notre peuple.

  I. Les travaux parlementaires et institutionnels  

Le 28 janvier 2026, s’est tenue en format virtuel la troisième session de l’Assemblée nationale de la République d’Arménie Occidentale. C’est une image de notre sérieux collectif, de notre détermination à faire vivre des institutions légitimes, même à distance, même dans l’exil.

Lors de cette session, j’ai présenté la lettre que nous avons adressée au maire de Lyon concernant notre projet de monument à la mémoire de la Légion arménienne. Cette Légion, constituée en application de l’accord franco-arménien de 1916, regroupait des Arméniens qui ont combattu sous le drapeau de la France contre l’Empire ottoman. Ces hommes ont versé leur sang pour la liberté. Lyon doit garder leur mémoire. Nous le devons à leurs descendants, nous le devons à l’Histoire.

« Nous ne demandons pas une faveur. Nous demandons que la France honore ses propres engagements envers ceux qui ont combattu en son nom. »

Cette démarche n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un effort plus large de notre Conseil National pour inscrire la mémoire arménienne dans l’espace public français — non pas comme une mémoire communautaire parmi d’autres, mais comme une mémoire qui appartient à l’histoire de France elle-même.

La continuité et la régularité de la tenue des sessions parlementaires dans nos travaux parlementaires sont en soi une victoire : celle d’un peuple qui refuse que l’occupation de sa terre ancestrale soit synonyme de l’extinction de ses institutions. Nous légiférons, nous délibérons, nous décidons — parce que nous existons en tant qu’État, et que rien ni personne ne peut effacer cette réalité juridique.

Ces sessions parlementaires régulières témoignent de la vitalité de nos structures. Elles nous permettent de coordonner notre action, de donner des mandats clairs à nos représentants, et de maintenir vivante la flamme de la reconstitution nationale.

Nous avons également acté l’anniversaire du Parlement de l’Arménie Occidentale et j’ai rappelé en quoi les institutions de l’Arménie Occidentale étaient les gardiennes de l’existence collective de la nation arménienne.

  II. L’engagement mémoriel — Le 24 avril 2026  

Le 24 avril 2026 restera gravé dans notre mémoire collective- Nous avons une nouvelle fois rassemblé notre communauté, les élus, nos alliés, nos amis, pour commémorer ensemble les victimes d’un crime qui continue d’être nié par ses auteurs. À Lyon, comme dans d’autres villes de France et du monde, le Conseil National d’Arménie Occidentale a organisé et porté ces cérémonies.

La Place Antonin Poncet, devant le monument dédié aux victimes, est pour nous un lieu de convergence annuelle, un lieu de douleur et de dignité. Chaque année, nous y revenons. Chaque année, nous y disons la même vérité : le génocide des Arméniens a bien eu lieu. Il n’est pas terminé. Il continue sous d’autres formes — la négation, l’assimilation forcée, l’occupation de nos terres.

La commémoration du génocide des Arméniens a également été l’occasion de rappeler que la question arménienne est avant tout une question territoriale. La vraie question des droits de l’Homme, c’est la question territoriale. Notre peuple est un peuple autochtone. Il est intimement, irrémédiablement lié à ses terres ancestrales, qui s’étendent de la mer Noire à la Méditerranée et à la Caspienne. C’est sur ces terres que nos ancêtres ont vécu pendant plus de huit mille ans. C’est sur ces terres que nous avons vocation à retourner.

En ce sens, « Je ne parlerai jamais de diaspora. Les Arméniens hors de leur terre ne sont pas dispersés de leur plein gré : ils sont un peuple en exil, chassé, déraciné, mais qui n’a pas oublié. »

Cette distinction n’est pas sémantique. Elle est politique, juridique, morale. Un peuple en exil a des droits. Il a le droit au retour. Il a le droit à la restitution. Il a le droit à la vérité. Nous ne cesserons de le dire, dans toutes les langues, devant toutes les instances.

Le 11 novembre à Lyon — Aux côtés de l’ANACAS

Je tiens également à souligner notre participation aux cérémonies commémoratives du 11 novembre à Lyon, où l’Association Nationale des Anciens Combattants Arméniens et Sympathisants (ANACAS) fut présente. . Cette journée, dédiée à la mémoire de tous les morts pour la France, revêt pour nous une signification particulière : elle nous rappelle que des centaines d’Arméniens, rescapés du génocide ou fils de rescapés, ont choisi de combattre sous le drapeau français. 

Ce fut  un acte de fidélité. Fidélité à leur mémoire, fidélité à ceux qui portent encore aujourd’hui leurs drapeaux, et fidélité à ce lien indéfectible qui unit le peuple arménien à la France.

  III. La diplomatie et le plaidoyer international  

En parallèle de notre action mémorielle, nous avons maintenu une activité diplomatique soutenue. La République d’Arménie Occidentale n’est pas une entité symbolique : c’est l’État continuateur de l’Arménie reconnue en droit international en 1920 par le Conseil suprême des puissances alliées. Nous avons des institutions. Nous avons un parlement. Nous avons un gouvernement. Et nous exerçons notre souveraineté partout où notre peuple se trouve.

Nos échanges avec les Etats et les représentations consulaires, nos relations avec les associations arméniennes, nos démarches auprès des élus locaux — tout cela s’inscrit dans une stratégie cohérente : faire reconnaître notre existence, faire entendre notre voix, faire avancer nos droits sur tous les fronts à la fois.

« Il n’y a pas de petite ou de grande Arménie. Il y a une Arménie reconnue en droit international, dont l’Arménie Occidentale est l’État continuateur, et il n’y a qu’une date d’indépendance : le 19 janvier. »

Cette position de principe, je la défends inlassablement. Elle n’est pas une posture idéologique : elle est fondée sur les traités, sur le droit international, sur l’histoire. Et c’est en son nom que nous construisons, session après session, démarche après démarche, les fondements de la reconstitution nationale.

  IV. L’action juridique 

Notre action juridique s’est poursuivie sur plusieurs fronts au cours de ces derniers mois. Tout d’abord les procédures juridiques de l’Arménie Occidentale soumises à la Cour européenne des droits de l’homme et le dossier que nous avons transmis à la Commission des Nations Unies pour les peuples autochtones constitue l’un des axes les plus importants de notre stratégie internationale. Nous y défendons le statut des Arméniens d’Arménie Occidentale comme peuple autochtone au sens du droit international — avec toutes les conséquences juridiques que cela implique en termes de droits collectifs, de droit au retour et de réparations.

Le temps des réparations est venu. Un siècle d’impunité ne peut pas durer indéfiniment. Les crimes commis contre les peuples autochtones — et les Arméniens en font partie — méritent d’être reconnus, jugés, et réparés. Nous portons cette exigence devant toutes les instances qui veulent bien nous entendre, et même devant celles qui rechignent à le faire.

  V. La reconstitution nationale : un combat de tous les instants  

Je veux, avant de conclure, dire quelques mots sur ce qui donne sens à tout ce que nous faisons : la reconstitution nationale. Depuis 2004, date de la création du Conseil National à Chouchi, depuis 2011 avec la constitution du Gouvernement d’Arménie Occidentale, nous construisons, les fondements d’un État qui n’a jamais cessé d’exister en droit, même s’il a été étouffé dans les faits.

Nous avons un Parlement. Nous avons des sessions régulières. Nous avons des députés — certains d’entre eux brandissent haut le drapeau de l’Arménie Occidentale sur la terre même que nous appelons à libérer. Ce sont eux qui donnent le plus grand sens à notre résistance. Cette résistance n’est pas seulement pour la mémoire des héros du passé. Elle est pour les générations qui viennent, qui hériteront de la responsabilité de défendre notre patrie.

« La raison de notre combat, c’est la résistance. Une résistance qui trouve son expression dans la reconstitution étatique de l’Arménie Occidentale, avec l’ensemble de ses structures. »

  que nous portons, ce que nous promettons  

Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

Ces derniers mois ont confirmé que notre peuple, malgré l’exil, malgré les siècles d’oppression, n’a rien abandonné. Ni son identité. Ni ses droits. Ni son espoir. Nous avons tenu nos sessions parlementaires. Nous avons commémoré nos morts. Nous avons plaidé nos droits devant les instances internationales. Nous avons écrit aux maires, aux élus, aux diplomates.

Et nous continuerons. Parce qu’une nation ne se rend pas. Parce qu’un peuple autochtone ne disparaît pas dans le silence. Parce que le droit ne s’éteint pas avec le temps,  il est patient comme nous les sommes.

Je veux remercier tous ceux qui portent ce combat : M. le Président de la République, Mme la Présidente du Parlement, les membres du Parlement, du Gouvernement, du Conseil National ; les corps diplomatique ambassadeurs et consuls qui représentent notre République dans le monde ; les compatriotes qui gardent vivante la flamme de notre identité.

Notre reconstitution nationale est à l’œuvre. Elle avance. Rien ni personne ne pourra aliéner la nation arménienne de sa terre, de ses droits, de son destin.

Lydia Margossian

Cheffe du Gouvernement de la République d’Arménie Occidentale

Genève, le 13 juin 2026