« Sans la victoire de Sardarabad du 28 mai 1918 l’actuelle République d’Arménie n’aurait pas existé » dixit le Président Serge Sarkisyan
Le nouveau premier ministre Nikol Pachnian ajoute « que son pays était prêt à rétablir les relations diplomatiques avec la Turquie sans conditions préalables. »
Essayons de mieux comprendre la situation.
COMMUNIQUÉ
En ce qui concerne la situation politique en Transcaucasie et la nouvelle situation créée par la déclaration d’indépendance de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan, le Conseil National Arménien se déclare être l’autorité seul et suprême dans les provinces arméniennes.
Pour des raisons importantes laissant la constitution d’un gouvernement national arménien à des jours plus proches, le Conseil National assume provisoirement toutes les fonctions du gouvernement pour diriger les forces politiques et administratives des provinces arméniennes.
Le Conseil National Arménien:
30 mai 1918, Tiflis
Simon Vratsyan, « République d’Arménie », Erevan, Arménie, pp. 159-162
La soi-disant Déclaration d’Indépendance de l’Arménie Unifiée
Il y a déjà un an que, par la signature du Traité de Batoum, la République arménienne du Caucase avait transmis à la Turquie une Arménie Occidentale reconnue indépendante par la Russie, alors que peut signifier ce type de déclaration.
L’anniversaire du 28 mai fut pour la première fois célébré en 1919, dans quel but ?
Comprenons-nous bien, sans se rattacher aux revendications et au gouvernement de la Délégation Nationale Arménienne de Boghos Nubar Pacha c’est-à-dire de l’Arménie Occidentale et de la Cilicie, par le biais de la Conférence de Versailles du 26 février 1919, les régions arméniennes reconnues par le traité de Batoum ne pouvaient prétendre au titre de « République arménienne » ni de « République d’Arménie ».
La République d’Arménie officiellement reconnue par le Conseil Suprême des Puissances Alliées était principalement établie sur le territoire de l’Arménie Occidentale, unissant l’Arménie Occidentale, la Cilicie et les régions arméniennes du Caucase, ainsi que le Zanguezour et le Karabagh. Elle est née le 26 février 1919 sur la base juridique du Mémorandum sur les revendications arméniennes, le problème est que le gouvernement Dashnak des régions arméniennes (12.800 km2) du traité de Batoum avait déjà signé un traité avec la Turquie avant même l’armistice de Moudros du 30 octobre 1918:
Ce Mémorandum fut suivi d’une déclaration politique sur l’Arménie unifiée, en date du 28 mai 1919 :
DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DE L’ARMÉNIE UNIFIÉE
EN DATE DU 28 MAI 1919
Pour reconstituer l’Arménie dans sa totalité et pour assurer l’entière liberté et la prospérité du peuple arménien, le gouvernement de l’Arménie du Caucase, fidèle interprète de la volonté unanime du peuple arménien et du désir exprimé par lui, déclare qu’à dater d’aujourd’hui les différentes parties de l’Arménie qui avaient été séparées jusqu’à maintenant sont réunies à jamais en une unité d’Etat indépendant. (Aussi, cette déclaration autoproclamée reconnaît l’indépendance des deux parties réunies de l’Arménie).
Il y a un an exactement, le Conseil National Arménien, élu par la Conférence des Arméniens de Russie (?), avait déclaré qu’il était le pouvoir suprême des provinces arméniennes de la Transcaucasie. Le gouvernement issu du Conseil National Arménien, après avoir notifié officiellement cette déclaration aux représentants des Puissances, a établi, durant l’année écoulée, son pouvoir de fait sur les provinces arméniennes de la Transcaucasie.
Un soi-disant deuxième Congrès des Arméniens de l’Arménie turque (?), réuni à Erivan au mois de février 1919, aurait proclamé solennellement qu’il ne reconnaissait que l’Arménie unifiée et indépendante. (En parallèle à la participation des deux délégations officielles au Congrès de Versailles).
Actuellement, en faisant la proclamation d’indépendance et d’unification des territoires arméniens de la Transcaucasie et de l’Empire ottoman, le gouvernement de l’Arménie du Caucase déclare que la forme de gouvernement de l’Etat intégral est la République démocratique, et, d’autre part, il se proclame comme étant le gouvernement de la République arménienne unifiée. (Sans tenir compte du Mémorandum et des accords avec la Délégation Nationale Arménienne, présidée par Boghos Nubar Pacha, ce qui dans ce cas réduit à néant le contenu de cette déclaration).
Ainsi, c’est le peuple de l’Arménie du Caucase qui est aujourd’hui le maître suprême de la Patrie reconstituée, et le Parlement ainsi que le gouvernement de l’Arménie du Caucase constituent le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif du peuple libre et souverain.
Le gouvernement de l’Arménie du Caucase aurait fait cette proclamation en vertu de la résolution du 2 avril 1919 du Parlement, qui lui a conféré un mandat spécial.
Suivent les signatures: du Président du Conseil, ministre des affaires étrangères, Al. Khadissian, et des autres ministres. — Erivan, le 28 mai 1919
Le Traité d’Alexandropol
Tous ces accords et traités qui ont eu lieu et qui ont suivi, concernant la participation de la République arménienne du Caucase, du 28 mai 1919 à fin décembre 1920, furent anéantis par la signature du traité d’Alexandropol avec la Turquie, le 2 décembre 1920 en remplacement du traité de Batoum du 4 juin 1918.
Sur la base de l’Article 10 suivant :
10) Le Gouvernement d’Erivan s’engage à considérer et déclarer nul le Traité de Sèvres auquel le gouvernement de la Grande Assemblée Nationale a catégoriquement renoncé. Le Gouvernement d’Arménie s’engage à rappeler d’Europe et d’Amérique ses Délégations dont les contres politiques des Gouvernements Impérialistes de l’Entente ont fait un instrument d’instigation.

Ils déclarent en outre d’aplanir, avec une sincérité absolue les malentendus qui pourraient surgir d’une manière ou autre entre les deux pays. Le “Gouvernement d’Arménie” pour donner une preuve de son intention de vivre dans la paix et de son respect pour le droit de voisinage de Turquie s’engage à éloigner de l’administration gouvernementale les personnages provocateurs qui poursuivent les projets impérialistes dans le but de troubler la paix entre les deux pays.
Cette question fortement complexe est bien une question d’ordre politique, faut-il ou non célébrer cet anniversaire (28 mai), le gouvernement de l’Arménie Occidentale et son Président ont préféré s’abstenir.
28.05.2018
Arménag APRAHAMIAN
Président du Conseil National d’Arménie Occidentale
