La voie vers la reconnaissance internationale de l’État arménien et le principe de continuité juridique. Lydia Margossian 

  • by Editbeglari, février 07, 2026 in Gouvernement
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Boghos Nubar Pacha n’était pas seulement un brillant stratège politique au sens classique du terme, mais il comprenait profondément une vérité fondamentale : les Arméniens dispersés à travers le monde à la suite du génocide n’étaient pas qu’une masse de réfugiés, mais un peuple doté de droits politiques. Fort de cette conviction, il prit la tête de la délégation nationale arménienne, se fixant un objectif primordial : la restauration de l’État arménien et sa reconnaissance internationale.

Au cœur de la démarche visant à faire progresser la question arménienne sur la scène internationale se trouvait l’idée que même un peuple apatride pouvait et devait agir en tant que sujet politique. Après le génocide, des millions d’Arméniens étaient dispersés à travers le monde, mais cela ne signifiait pas que le peuple arménien avait perdu son identité juridique ou politique.

Durant la Première Guerre mondiale, le peuple arménien participa à l’effort de guerre des Alliés. En 1916, un appel fut lancé pour former une légion arménienne sous commandement français. C’est ainsi que fut créée la Légion orientale (devenue plus tard la Légion arménienne), qui comptait plus de 5 000 volontaires. Les Arméniens participèrent à la libération de la Palestine, de la Syrie et de la Cilicie. Au total, environ 50 000 Arméniens ont servi dans les armées française, britannique et américaine, payant leur juste part du prix de la Seconde Guerre mondiale.

L’année 1920 fut décisive dans le processus de reconnaissance juridique de l’État arménien. Cette année-là, le Conseil suprême reconnut de facto la République d’Arménie, et le 3 mai 1920, elle fut également reconnue par les États-Unis. Le 10 août, le traité de Sèvres fut signé, par lequel l’Empire ottoman reconnaissait l’existence d’une Arménie indépendante. Et le 22 novembre 1920, le Président américain Woodrow Wilson publia sa sentence arbitrale, définissant les frontières entre l’Arménie et la Turquie.

Tous ces actes juridiques constituent non seulement une suite de faits historiques, mais aussi le fondement du processus juridique visant à effacer les conséquences du génocide. L’Arménie, même avant sa pleine reconnaissance internationale, disposait d’un gouvernement et des caractéristiques d’un sujet de droit international, ce qui lui a permis de préserver son existence politique.

Nous devons rester vigilants face aux tentatives de « pacifier » l’histoire et nos droits. Aucun accord ultérieur ne peut légalement annuler le traité de Sèvres, ratifié par le sultan ottoman et toujours en vigueur dans le cadre du droit international.

Le principe de la continuité de l’État est clair : un État ne disparaît pas du seul fait de son occupation. La personnalité juridique et politique de la nation peut être préservée même dans les conditions les plus difficiles. C’est cet important héritage que nous avons l’obligation de transmettre aux jeunes générations, sous forme de savoir, de droits et de responsabilités.