La patrie vit en nous

  • by Editbeglari, avril 20, 2026 in Nouvelles
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« Notre patrie s’est vidée de nous,

Mais pas une seconde, pas un instant,

Notre patrie n’a pas été vidée de nous.

Nous avons été tués sur notre terre natale,

Mais la patrie n’a pas été tuée en nous… »

— Paruyr Sevak

Lorsque Paruyr Sevak écrivit ces vers profonds dans le poème « Le clocher silencieux », le Mémorial de Tsitsernakaberd n’existait pas encore à Erevan, et il n’y avait peut-être pas de débats publics sur le génocide. Pourtant, Sevak a démontré qu’il existe différentes manières de lutter, et que la plus puissante d’entre elles est la parole dirigée vers la vérité. Par ses mots, il a brisé le silence et a ouvert la voie à la mémoire du génocide sur le territoire de la patrie soviétaisée, et à la commémoration des victimes.

Paruyr  Sevak souligne d’abord une réalité essentielle : la perte de la patrie : « Notre patrie s’est vidée de nous », « Nous avons été tués sur notre terre natale.» Par ces mots, il souligne que le génocide a eu lieu précisément sur notre terre natale séculaire. Pourtant, un contraste saisissant s’ensuit : « Mais pas une seconde, pas un instant nous n’avons été vidés de notre patrie », « mais la patrie n’a pas été tuée en nous… » Si tel était le cas, si nous étions séparés de la patrie par l’esprit et par la pensée, alors seulement le génocide aurait atteint son but ultime.

Malheureusement, l’histoire montre que la pensée génocidaire n’a pas disparu. Nous l’avons constaté en 2023, lorsque l’Artsakh a été vidé de sa population arménienne autochtone. Nous célébrons le 24 avril comme une journée de souvenir et de commémoration, mais nous n’avons pas de date précise qui marquera la fin de cette tragédie. Elle ne pourra survenir qu’avec l’acceptation de la vérité, le remords et le repentir.

La pensée est souvent plus puissante que l’action. On peut conclure des accords, signer des contrats, mais si la pensée qui les sous-tend ne change pas, le danger persiste. La pensée génocidaire, lorsqu’elle n’est pas condamnée, ne faiblit pas ; au contraire, elle peut se renforcer.

C’est pourquoi il est de notre devoir de rester du côté de la vérité. Nous devons raviver la flamme, entretenir le souvenir afin que la vérité soit visible et ne se perde pas. L’oubli, les concessions et le déni de la vérité ne mènent qu’à de nouveaux dangers.

Si la patrie est « tuée » en nous, alors nous perdrons aussi lumière et espoir. Et sans lumière, il n’y a pas d’avenir. Paruyr  Sevak, cependant, nous rappelle le contraire : la patrie vit en nous, et même « vit une double vie ».

Notre mission est de bâtir la justice sur les fondements de la vérité et de l’amour. Et tant que nous préserverons ces valeurs, nous pourrons affirmer avec confiance que nous n’avons pas été vidés de notre patrie.

Nous sommes les maîtres de notre patrie.

Masis Indjidjian

17 avril 2026