La République d’Arménie Occidentale saisit l’UNESCO pour contester la reconnaissance de la broderie d’Ayntap comme patrimoine exclusivement turc 

  • by Editbeglari, décembre 29, 2025 in Gouvernement
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Paris – La République d’Arménie Occidentale a officiellement saisi l’UNESCO afin de demander le réexamen et la rectification de l’inscription de la broderie dite Antep İşi sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette démarche vise à contester une attribution jugée historiquement incomplète et juridiquement problématique, qui présente ce savoir-faire textile comme relevant exclusivement du patrimoine de la Turquie.

Une broderie ancestrale au cœur d’un différend patrimonial

Inscrite en 2025 sur la liste de l’UNESCO sous l’intitulé « Antep İşi, broderie au fil tiré de Gaziantep », cette technique de broderie est présentée comme un élément du patrimoine culturel immatériel turc. Or, selon la République d’Arménie occidentale, cette broderie est historiquement liée aux communautés arméniennes d’Ayntap, ville située en Arménie Occidentale historique, aujourd’hui Gaziantep.

Des travaux ethnographiques, des archives missionnaires, des publications académiques et des collections muséales attestent que cette forme de broderie au fil tiré était largement pratiquée par les femmes arméniennes, notamment dans le cadre domestique, religieux et des trousseaux familiaux, bien avant la création de l’État turc moderne.

Une transmission interrompue par la violence historique

La requête adressée à l’UNESCO rappelle que la disparition de la transmission locale de cette broderie ne résulte pas d’un abandon culturel, mais de la destruction et de la déportation des communautés arméniennes, dans le cadre du génocide commis contre les Arméniens entre 1894 et 1923.

Selon le mémoire juridique joint à la demande, le patrimoine culturel immatériel ne peut être dissocié de ses communautés détentrices, ni être réattribué de manière exclusive à un État ayant bénéficié, de facto, de la disparition forcée de ces communautés.

Un argumentaire fondé sur le droit international

La démarche s’appuie sur plusieurs instruments juridiques internationaux, notamment :

  • la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003, qui impose l’identification précise des communautés détentrices ;
  • la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007), qui reconnaît le droit des peuples autochtones à protéger et contrôler leur patrimoine culturel immatériel ;
  • les principes généraux du droit international interdisant de tirer avantage des conséquences d’un crime international.

Une annexe juridique spécifique consacrée aux droits des peuples autochtones a été jointe au dossier, qualifiant le peuple arménien d’Arménie Occidentale de peuple autochtone, au sens fonctionnel du droit international, et soulignant que la disparition forcée d’une communauté n’éteint pas ses droits culturels.

Que demande concrètement la République d’Arménie Occidentale ?

La requête adressée à l’UNESCO sollicite :

  • le réexamen de l’inscription de Antep İşi ;
  • la rectification de la fiche officielle, afin d’y reconnaître explicitement l’origine arménienne et la contribution des communautés arméniennes historiques d’Ayntap ;
  • à défaut, l’ouverture d’une procédure de co-inscription ou de reconnaissance d’origine plurielle, pratique déjà admise par l’UNESCO pour des éléments culturels partagés ou historiquement complexes.

Un enjeu plus large de justice culturelle

Au-delà du cas spécifique de la broderie d’Ayntap, cette démarche soulève une question plus large : celle de la protection des patrimoines immatériels des peuples victimes de génocides ou de déplacements forcés, et du rôle des organisations internationales dans la prévention de l’effacement culturel.

« Il ne s’agit pas de contester la pratique contemporaine de cette broderie, mais de refuser qu’un patrimoine arménien soit présenté comme exclusivement turc, sans aucune contextualisation historique », souligne le mémoire transmis à l’UNESCO.

L’Organisation n’a pas encore communiqué publiquement sur cette demande. Conformément à ses procédures, le Secrétariat de la Convention de 2003 devrait accuser réception et déterminer les suites à donner au dossier dans les mois à venir.